Guillaume, les garçons, la table.

Publié le par Charlie SaintLaz

Guillaume, les garçons, la table.

L'événement.

Je lis, j'entends, je vois, depuis quelques semaines, des commentaires nombreux et variés sur Les garçons et Guillaume, à table !, le film tiré de la pièce éponyme écrit, réalisé, interprété, promu et analysé par Guillaume Gallienne.

Gallienne, c'est un type épatant. De ses Bonus pour Canal + il y a quelques années à ses chroniques sur France Inter, le sympathique garçon de la Comédie Française distille une culture racée, intello sans être roborative, sur les médias français - suffisamment pour qu'une apparition dans le dernier Astérix porté à l'écran lui soit pardonnée. C'est dire : lisant Duras sur Inter, il m'a donné envie d'aller voir Hiroshima mon amour. Belle gageure !

En parcourant le texte de sa pièce/série de sketches il y a quelques années, intitulée Les garçons et Guillaume, à table !, je me disais que ce garçon avait un talent fou, apaisant, idéal pour les vies trépidantes des grandes villes comme pour les sereines vies à la campagne.

C'est donc l'impatience bandée que j'allais voir le film. Et... hum.

L'idée ? Guillaume est le petit dernier d'une fratrie de 3 garçons, poussés dans une famille bourgeoise comme il en a été façonné des milliers : père gagne-pain et peu psychologue, mère parfaite femme d'intérieur et aimante, garçons remuants et filles fragiles. Sauf qu'il n'y a pas de fille. Et Guillaume, petit dernier, se sent habité par ce qu'on attend d'une fille - sensibilité, délicatesse, ressemblance à la mère... Il n'y a pas de doute : il est une fille. Et pour les siens non plus : il est gay. Ainsi grandit-il, entre archétypes et conceptions, la route dans les relations humaines tracée sur sa candeur et sa bonne foi.

Le succès de ce film se base sur son originalité. Le sujet, actuel, entre les questions du genre (le gender décrié par les tradi) et notre fonctionnement cognitif basé sur les clichés : Gallienne développe sa quête identitaire, de sa soumission au désir maternel (supposé !) à son affranchissement. Le film est en ça rafraîchissant parce qu'il prouve que si la construction du désir est en partie culturelle, elle se base malgré tout sur une vérité qui la précède et prime sur le seul choix qu'impose vraiment l'orientation sexuelle : celui de s'assumer aux yeux du monde. L'originalité, c'est celle du traitement de cette quête : un film à sketches, où Gallienne - narrateur et personnage principal - alterne théâtre et cinéma, avec une aisance qui accompagne le spectateur au plus profond du sujet. Brillante réalisation qui traduit le savoir-faire de Gégé (Guillaume Gallienne - GG). Pour fuir la gravité, il met en avant l'absurde de sa situation d'alors, la dichotomie entre le ressenti et l'imposé, et rajoute, par dessus, l'humour décapant maison, basé sur un pragmatisme à l'anglaise (expressions, manières, situations) et le rire que provoque toujours l'aristo qui jure comme un charretier. Toujours est-il que l'ensemble est brillamment interprété, justement monté, rondement mené : le spectateur colle au film avec tendresse et ravissement... et pourtant, subsiste un petit truc qui chagrine, difficile à expliquer...

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Le problème, c'est donc la morale. Gallienne s'en prend aux clichés, mais il ne les condamne pas fermement, non, préférant les traiter avec son indifférence de façade, qui gomme les aspérités : un rapport de force qui ne fonctionne qu'entre initiés (dans son cas, qu'en famille). Ainsi s'affranchit-il de l'obédience aux archétypes, en joue-t-il même un peu pour parvenir à ses fins - Amandine, qu'il rencontre par un tour de passe-passe. Quelque part, ce qui gêne aux entournures, aussi, c'est le sous-entendu "Ouf, je ne suis pas pédé", fût-ce involontaire - puisque Gallienne n'accable jamais l'homosexualité, bien au contraire. On en viendrait presque à lui reprocher d'être hétéro, non par désir de raccrocher un discours sensible et intelligent à une tête LGBT, mais parce qu'il semble expliquer que l'homosexualité n'est pas une fatalité, donnant du grain à moudre à ceux qui estimeront que les homos sont malades.

Un très bon film, drôle et passionnant, à voir tout à fait, bien qu'il laisse un goût un peu étrange.

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