L'affaire Py/FN - pièce en trois actes.

Publié le par Charlie SaintLaz

Posture théâtrale.

Les municipales ont permis une nouvelle illustration des Ancines contre les Modernes. A ma gauche, le milieu culturel, tolérant, ouvert à l'autre, mêlant les influences. A ma droite (extrême), le FN-RBM-et-affiliés, conservateur, nationaliste, identitaire. Le tout avec un chef d'orchestre de renom, M. Olivier Py, metteur en scène et directeur du prestigieux Festival d'Avignon, et avec une caisse de résonance fabuleuse, les médias. Le tout, en trois actes.

# Acte I : La révolte émotionnelle.

Avignon. Son Palais des Papes, son pont saint Bénézet sur lequel on danse, son festival mondialement connu. Calme, luxe et volupté. Un beau jour de l'an de grâce 2014, Le FN arrive en tête des votes au premier tour des élections municipales. Stupeur et tremblements. Dans la foulée, Olivier Py déclare qu'il n'y aura pas de festival d'Avignon si Avignon passe à l'extrême droite. Enfin, il y aura le festival, mais pas à Avignon. Ou alors, qu'il démissionnera de la présidence du festival. Pourquoi ? Parce que FN et Culture (telle qu'elle est actuellement) sont incompatibles. Les réactions ne se font pas attendre.

Thomas Ostermeier dit "Il a raison, mais...", Jean-Michel Ribes dit "Il a raison, à 100%.", Jérôme Béglé dit "Il a tort, à 100%.", Charlotte Pudlowski dit "Voilà ce qu'Olivier aurait dû faire." Du vrai débat, avec des raisons, des vérités, de la raison, des contre-vérités, mais surtout, surtout, trop peu de philosophie politique pour beaucoup de verbiage.

# Acte II : Pschitt.

C'est alors la grande valse des discours secondaires, qui brassent du vent, qui se brossent l'égo dans le sens du poil. Les Echos répètent machinalement, tel l'écho. Angelin Preljocaj se paie une tranche de bien-pensance. Le FN met en marche son répondeur automatique (basé sur la victimisation-avec-des-mots-de-plus-de-3-syllabes. Ici : "instrumentalisation"). Le débat n'en est plus un, parce que la beauté de l'iconoclasme façon crime-de-lèse-Jean-Vilar suggéré par Olivier Py, dans toute sa superbe tragique, bascule dans l'analyse à la petite semaine de tout ce qui se fait en matière d'esbrouffe journalistique politique. Pourquoi ? Parce que la saillie politique de Py n'est, en fait, qu'une posture. Que les vrais journalistes ne veulent pas perdre de temps à analyser.

# Acte III : Le désaveu

Au fond, Olivier Py aurait dû savoir que le FN au second tour était l'assurance de son entrée au conseil municipal. Quelles qu'aient été ses menaces envers les Avignonnais (en mode "Si vous voulez le FN, vous n'aurez plus de festival !"), le FN sera à la table des négociations relatives au Festival. Il aura donc à entendre la parole de l'extrême droite. La Résistance suggérée par Ostermeier ou Pudlowski était donc la meilleure option à choisir. Contrairement à ce que Preljocaj a fait.

De plus, il y avait quand même de quoi tourner le candidat FN en dérision, plutôt que de le prendre comme une menace sérieuse : Non seulement il n'avait aucune chance d'être élu, mais au delà de ça, Philippe Liottaux, en tant qu'ancien homme de (café-)théâtre, a des casseroles, et pas des moindres...

Cette sympathique pièce de boulevard aura tout de même servi à une chose : rappeler la haine du FN pour la création contemporaine et le multiculturalisme... Donc son danger pour la société, qu'il pousserait à la sclérose.

Rideau.

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