L'été ciné est fini... et tant mieux.

Publié le par Charlie SaintLaz

It's a cruel, cruel summer.

Bien entendu, je pourrais disserter des heures en ta charmante compagnie au sujet de l'art, de son origine, de son sens, de sa destinée, de ses formes, tout ça tout ça. Mais vois-tu, l'été s'achève, et comme toi, mes neurones ont aimé se reposer, noyés dans un rosé bon marché et quelques caouettes grillées. Du coup, profitant de l'incroyable chaleur de l'été parisien 2014 (édition très limitée) pour me rafraîchir culturer au ciné, j'ai vu les derniers fleurons de la production mondiale, et j'ai bien envie de t'en brosser le portrait.

Dans ma sélection du jour, tu trouveras, par exemple, Lucy (L.Besson), Les gardiens de la galaxie (J.Gunn) ou encore Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (P.de Chauveron). Figure-toi que je leur ai trouvé un point commun. Si si.

Lucy, par exemple, est un pur produit des années 90. Mais sorti en 2014. L'idée : une fille lambda se voit droguée à son insu avec un produit de ouf, qui booste les capacités intellectuelle. Tu vois, Besson, fondateur de l'Institut de Recherche pour le Cerveau et la Moëlle Epinière, a creusé son sujet, développé un scénario aux multiples incohérences, saupoudré de petites blagounes qui font rigoler, pour un résultat qui ressemble pleinement à un scénario de Besson. Alors, doit-on s'en plaindre ou s'en réjouir : un réalisateur qui fait ce qui a fait sa renommée, c'est plutôt logique, non ? D'autant qu'apparemment, les spectateurs sortent plutôt ravis. Même moi, j'ai passé un bon moment. Un bon moment ? Scènes enlevées, image léchée, discours sur l'intelligence, la morale, l'humanité - certes à la petite semaine - : du Besson comme on l'aime, entre Le Cinquième Elément et Nikita. Tu viens d'hurler ? Tu as raison : Besson semble resté dans les années 90 ; nous, non. Rageant.

Les gardiens de la galaxie, c'est autre chose. 5 repris de justice aux méthodes un peu fofolles décident de partir à la conquête d'un puissant artéfact pour sauver l'univers. Banal ? Oui. Batailles intergalactiques, explosions, trahisons, romance et amitié, bravoure, honneur, muscles et... bref : côté scénario, rien de neuf, du tout. Du coup, on est en terrain connu, assez à l'aise avec tout l'univers des autres planètes habitées et de l'esprit futuriste ; le tout d'autant plus banalisé que la réalisation est poussée, donc réussie. Idéal pour oublier dans quel univers on est et se concentrer sur autre chose. Ni l'intrigue, ni le décorum : les personnages.

Et donc ? Faut dire que les auteurs, Arnold Drake et Gene Colan, relus par James Gunn et Nicole Periman, ont érigé le WTF (le grand nawak, si tu préfères) en règle d'or du film. C'est simple : y'en a pas un pour rattraper l'autre, la bouffonnerie se mêle à la cuistrerie, à l'humour fin, à la grande classe. Tu en sors ravi d'avoir passé ce moment à rire et à te bidonner (nuance, nuance) ET certain de ne pas avoir vu LE chef d'oeuvre de l'année... et pourtant... C'est simple : Gardiens de la Galaxie est au film dans l'espace ce que La cité de la peur est au polar, ou Foon à la comédie musicale.

Autre genre, autre cas : Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Les Verneuil, bourgeois de province pleins de principes, ont 4 filles, dont les 3 premières ont épousé un Juif, un Arabe et un Chinois. (Non, promis, c'est pas une blague de ton onc'Robert, c'est sérieux,n un vrai scénariste a eu cette idée...) Drame : la 4e ramène un Noir. Le film se veut une quête initiatique du respect, de la tolérance et - presque - du dialogue entre les peuples à coup d'humour, et au vu du nombre d'entrées, on peut s'attendre à du populaire. Alors ? Du populaire, oui, on en a, si l'on considère que le peuple a les idées courtes et l'humour gras. Je te passe l'accumulation de clichés qui fait - paraît-il - les comédies ayant le plus de succès : on se paye ici la tête des familles prout-prout dont la Manif pour Tous nous a amèrement rappelé l'existence, catholiques, traditionalistes, incapables de s'ouvrir aux autres. Au moins, dans le film, ne sont-ils pas vindicatifs. Juste puants. Mais au delà de ça, c'est l'avalanche d'intolérance crasse à couvert, même entre les différentes communautés. Le film ne prêche pas la tolérance, non : il montre qu'on peut se détester cordialement, sans se passer à tabac, en faisant bonne figure mais en entretenant une douce haine pour le(s) taré(s) de l'autre camp.

Outre quelques bons mots, ici et là, le film se résume donc à un bal d'attitudes nauséabondes, qui libère sans doute le spectateur de ses non-dits, mais entretient quand même l'atmosphère de méfiance entre les peuples. Il ne combat pas la misanthropie : il l'adoube.

Leur point commun, donc, c'est la facilité.

Facilité de forme, facilité de fond... Selon l'endroit où elle se pose, elle donne au film sa place dans l'échelle de valeur qui va de tout-à-fait-dispensable à oh-punaise-c'était-trop-bien. L'été, tout est plus facile, il paraît.

Il paraît.

Publié dans Ciné

Commenter cet article