"Le temps des aveux" : le tragique est-il obligatoire ?

Publié le par Charlie SaintLaz

Syndrome de Stockholm

Je ne sais pas toi, mais moi, j'aime vraiment confronter le mal le plus sombre à l'intelligence. Je dis bien confronter, pas mettre au service - encore que. Pour moi, il s'agit d'user d'une intelligence teintée de morale, de "justice", pour décrypter le discours, appréhender les actes, saisir l'architecture. Le mal comme sujet d'étude - pour le comprendre, pas pour le justifier.

Au cinéma, la rencontre entre le mal absolu et l'intelligence décorticatr décortiqueu décorticante (tant pis, hein), il y en a plusieurs exemples, et celui qui me semble le plus clair, c'est Le silence des agneaux. Hannibal Lecter, Clarice Starling : 3 épisodes pour sonder les origines du mal assumé.

Dans ce rencart avec le mal, on ne doit pas forcément avoir affaire à des psychopathes tueurs en série - même si la mort d'a priori innocents est un sine qua non du mal absolu - et de ce fait, on peut être face à des femmes d'affaires, des pères de famille, des filles planquées dans un bled ou des hommes politiques bien en vue.

Cette semaine, tu peux découvrir Le temps des aveux, le nouveau Régis Wargnier (mais si, c'est celui qui avait signé Indochine, en 1991, Oscar du meilleur film étranger, 5 Césars...).

  • L'histoire ?

"Cambodge, 1971.
Alors qu’il travaille à la restauration des temples d’Angkor, François Bizot, ethnologue français, est capturé par les Khmers rouges. Détenu dans un camp perdu dans la jungle, Bizot est accusé d’être un espion de la CIA. Sa seule chance de salut, convaincre Douch, le jeune chef du camp, de son innocence. Tandis que le français découvre la réalité de l'embrigadement des Khmers rouges, se construit entre le prisonnier et son geôlier un lien indéfinissable…"

Tout pourrait y être : l'ethnologue en guise d'intelligence sensible VS le Khmer rouge en guise de salaud. Et de fait, le film suit davantage leur relation que le cours de l'Histoire, et c'est bien plus la fascination devant la question Orangina Sanguine (Pourquoi est-il aussi méchant ?) mâtinée du paradoxe stockholmite (et pourquoi est-il gentil avec moi ?) qui mène le discours.

  • Pourtant, dans ce film, il m'a manqué un truc.

C'est subjectif, je sais bien, mais après tout, l'art s'adresse au subjectif, hein, et ceux qui s'en tiendront à l'objectif pour critiquer une oeuvre manqueront 50% de son dessein. Tout ça pour dire : il m'a manqué quelquechose.

Au début, je trouvais que le jeu d'acteur manquait d'emphase. Comme si ces gens pris-dans-la-tourmente-de-l'Histoire n'avaient pas le réflexe qu'on en espérait : colère, sentiment d'injustice, terreur, peu importe... Là, j'avais l'impression d'un self control pas de très très bon aloi. Un peu trop calmes, tous ces gens...

Puis je réalisais, peu à peu, qu'en fait il me manquait, dans ce face à face avec le mal, des dialogues habités, des grands mots, de l'universel, de l'intemporel, du jugement, comme si, justement, on assistait à la lutte du bien et du mal, façon tragédie grecque, plus que film américain. La confrontation verbale, révéler l'atrocité, l'immoral, l'inhumain, l'utopie, tenter de justifier l'injustifiable... et faire tomber le couperet d'une condamnation sentencieuse...

Bref, je calquais sur ce film des désirs de mélodrame racinien qui n'avaient peut-être pas de raison d'être. Une prise d'otage n'est pas forcément le moment de remettre le Temps, le Monde et l'Homme en jeu pour un simple rencard avec l'idéologie. N'empêche, j'aurais bien aimé.

  • Et donc ?

Ben donc le film est quand même très chouette. Vas le voir, tu me diras.

Publié dans Ciné

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