Deux Mille Quinze.

Publié le par Charlie SaintLaz

# Carte de Voeu.

Pour 2015, je ne te souhaite pas bonheur, joie et prospérité. Non. C'est trop facile : richesse, amour, gloire, réussite, à croire que l'on est que l'on est dominés par ces idéaux réducteurs. Depuis que les chaînes d'info en continu nous répètent que c'est la crise, on se repaît plus jamais des idéaux hérités des années 80 : argent, sexe, pouvoir. Comme si la révolution new age des années 90 n'avaient jamais existé.

J'ai commencé cet article avant les évènements de Charlie Hebdo. Ce qui suit sonne étrangement, aujourd'hui.

Alors moi, je te souhaite le basique : la santé, la sécurité, l'affection. C'est tellement basique que c'en est barbant. Puis c'est anxiogène, de se rappeler que rien n'est jamais gagné d'avance.

En ces temps bouleversés, Je te souhaite donc responsabilité, humilité et sérénité.

Pour garder ton esprit ouvert, ta curiosité affûtée, tes capacités de questionnement et de raisonnement ouvert - bref, pour progresser dans la vie -, je te propose d'éteindre ta télévision et de sortir de chez toi. Conférences, cinéma, fête des voisins, concerts, brocantes, virées au vert, à l'étranger, spectacles, sport, vie associative, bénévolat... Parce que les écrans permettent de découvrir beaucoup, mais jamais aussi finement et pleinement que l'expérience in vivo. Parce que c'est la curiosité de l'autre qui nous permet de découvrir et de comprendre l'autre.

Moi, par exemple, je t'invite au spectacle. Mais attention : quand je te dis spectacle, je ne te dis pas "je regarde pour être époustouflé". Je t'explique.

# Je regarde pour être touché.

Tu t'ennuies ? C'est que tu es tombé dans l'apathie. Par paresse, après tes longues journées de travail et t'être occupé des mômes, tu n'as qu'une envie : qu'on te foute la paix. Du coup, tu ne fais que ce qui te repose. Et la culture du divertissement l'a bien compris : elle t'épargne toute véritable activité émotionnelle. Et ceux qui tiendraient le coup, chercheraient à te garder éveillé, tu les fuis. Par habitude. Du coup, tu es devenu apathique.

Le truc, c'est que l'émotion, c'est ce qui nous réunit. La peur, la colère, l'amour, la tristesse, l'envie, la frustration, l'ennui, la joie - et toutes leurs nuances. Toi comme moi, on en est traversés, normalement. Et chaque émotion nous rappelle qui nous sommes.

Alors tu laisses tomber les barrières. Arrête de te cacher dans ton confort émotionnel. Accepte d'être secoué, d'être blessé, de pleurer, d'aimer : c'est CA, la vie. Pas de travailler plus pour gagner plus ou de péter les scores à Candy Crush.

Et crois-moi : les théâtres sont les meilleurs temples pour éveiller les émotions. Les vraies.

 

# Je regarde pour remettre en question

Parce que non seulement tu dois te sortir de ton confort émotionnel, mais tu dois aussi te sortir de ton confort intellectuel. On est entourés de certitudes, et l'on se questionne sur ce qu'on nous présente. Pourquoi ? Parce qu'il nous faut avancer, améliorer, progresser. Or si l'on avance que sur ce qu'on nous montre, progresse-t-on vraiment ? Non. Il nous faut découvrir, chercher, fouiller, apprendre pour questionner. Parce que plus on remet en question, plus on est à même de saisir la réalité des choses.

# Je regarde pour mieux comprendre

Et, à force de ressentir et de remettre en question, on remet les choses en place. On comprend ce qui anime l'autre, ce qui le fait, ce qu'il représente. Une meilleure compréhension de l'autre, débarrassée de tes référentiels à toi, plein d'empathie, c'est ce qui mène à la paix. A la concorde. Voilà à quoi te servira le spectacle.

 

Alors pour 2015, je ne te souhaite ni bonheur, ni pouvoir, ni richesse.

Je te souhaite d'être humanité.

Publié dans Tendance, Danse, Théâtre

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