Discours sur la Terreur / Timbuktu.

Publié le par Charlie SaintLaz

Nous sommes Charlie.

Depuis le 7 janvier, l'émotion a été grande, et les résolutions, solides.

Qu'on aime ou non Charlie Hebdo, nous devons respecter qu'ils disent ce qu'ils disent. C'est CA, la liberté d'expression. Je comprends qu'on se sente vexé, touché, énervé, insulté, outré, attaqué par leur ligne éditoriale. Ca m'est arrivé.

Tu vois, si je reprends les arguments avancés contre Charlie, je trouve que d'autres publications sont bien plus attaquables. Valeurs Actuelles, Minute, par exemple. Il y a là, à mon avis, bien plus à blâmer comme atteinte à l'Humanité qu'avec quelques caricatures du Prophète. Nous sommes Charlie, donc, non en soutien à Charlie Hebdo, mais en soutien à la liberté d'expression.

Ces derniers temps, les discours ont fleuri, chacun sa petite opinion, ses discours. Terrorisme et Islam - qui alimente qui, qui subit qui, qui accuse qui, à tort ou à raison. Au même titre que le Front National, l'Islam radical attire les laissés pour compte, les frustrés, les abîmés qui ne se retrouvent pas dans le monde tel qu'il existe. Dans un cas comme dans l'autre, d'ailleurs, peu importe le cadre utilisé (le parti, la religion) : il s'agit simplement d'exprimer le rejet par le rejet. L'intolérance par l'intolérance. Quitte à vandaliser le cadre dont on se sert (la politique, l'Islam) pour arriver à ses fins. Et sans scrupules.

C'est dans ce climat que j'ai vu - parlons Culture - Timbuktu, drame franco-marocain d'Abderrahmane Sissako.

# Le pitch.

Tombouctou, ville du Mali surnommée la Perle du Désert (ou la Ville aux 333 Saints), est au bord du Sahara. La ville tombe peu à peu sous la loi de jihadistes bornés. La population subit, résiste individuellement, tente la raison. Aux alentours, une famille vit tranquillou de l'élevage bovin, peu soucieux de ce qui se trame en ville. Mais un jour, le père tue un pêcheur qui avait abattu une de ses vaches. Le voilà confronté à la justice de la ville...jihadiste.

Décrivant la lente plongée dans l'absurdité de la manipulation de l'Islam, Timbuktu offre une vision paisible du drame qui guette le monde musulman.

Discours sur la Terreur / Timbuktu.

# Mon avis

Bien : La photo. Sans tomber dans une National-Geographic-isation du discours sur l'Afrique, on peut tout de même saluer le travail d'image de Timbuktu, qui lèche ses ambiance et use des décors pour créer une fresque visuelle éclatante, solaire, qui évite le cliché touristique (puisque sont évitées les images des monuments de la ville, classée par l'UNESCO - sans doute parce que le film a été tourné...en Mauritanie).

Bien : Le scénario kafkaïen. L'histoire de la famille de Kidane, éleveur du désert, qui passe de la loi tribale violente à la loi jihadiste violente, heurtant sa vision paisible de la vie, utopiste des dunes.

Bien : Le dialogue religieux. Quand l'imam principal - voix d'un Islam modéré, tolérant, adaptable - s'entretient avec le chef jihadiste - porteur d'un Islam radical, intolérant, intransigeant (et brutal). Un discours qui enrichit notre réflexion sur cette noble religion, et sur l'instrumentalisation de la religion par les esprits étroits.

Pas bien : Le scénario décousu. Nous suivons en parallèle la progression insidieuse en ville, multipliant les petites histoires, nous accrochant aux personnages, alors que leur sort n'est pas filé, et sans effets ; et en parallèle, la vie de la famille de Kidane, déconnectée de toutes les histoires urbaines, même lorsqu'il finit jugé en ville.

Pas bien : La déconvenue thématique. J'avoue, j'espérais une vague de refus, de colère, une rébellion qui défendrait ses libertés, oui, j'avoue, j'espérais un truc entre la marche de Paris du 11 janvier et un acte d'héroïsme à l'américaine, à la sauce africaine. Forcément, j'étais un poil à côté de la plaque. Mais si je suis sensible à tous les actes de rébellion individuelle, j'ai été surpris par l'absence de résistance collective. Des volontés séparées face à un groupe uni (et armé)(et présenté comme crétin). Mais bon, on déplore ce qu'on peut.

 

# Donc ?

Un film à voir, assurément. Mais pas parfait, loin de là.

Publié dans Ciné, Politique

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