Y'a qu'à écouter, aussi... tome 20

Publié le par Charlie SaintLaz

Cela faisait un bail qu'on n'avait pas parlé musique.

Alors que le Hellfest bat son plein, je te propose d'écouter un peu de douceur. Des titres qui ne vont pas te surexciter les neurones, mais t'apaiser les tympans, sans fondre dans la soupe musicale comme le gruyère dans la soupe à l'oignon.

Y'a qu'à écouter, aussi... tome 20

# Sufjan Stevens - Carrie & Lowell (2015) > pour l'écouter, cliquer ici.

Sufjan Stevens fait partie d ela jeune génération des minets indé, qui font de la musique comme ils respirent : en haletant, avec leurs petites voix. A l'instar d'Asaf Avidan - son homologue israélien -, Sufjan Stevens (qui n'a rien à voir avec Cat Stevens, contrairement à ce que je pensais) joue la carte de la douceur-câlin-soleil-de-fin-d'été qui fait du bien les jours où il pleut. Célébré comme THE MUST de cette année, je me suis donc plongé dans le 7e album du jeune de Detroit... et sans grande surprise, le petit père Sufjan nous sert encore 11 titres aériens et spirituels, dédiés à sa mère (Carrie) et son beau-père (Lowell) - qui a pris la direction du label de Sufjan, Asthmatic Kitty ("chaton asthmatique", tout un programme !). Mais revenons à nos moutons dans les nuages.

Carrie & Lowell, donc, mêle de nouveau la guitare folk toute en légèreté et la voix délicate, claire, comme soufflée (en fait vocodée d'un bout à l'autre de l'album, pour donner ce petit grain ancien) de Sufjan, sur des thèmes aussi joyeux que la mort, la perte de l'autre, les désillusions, l'enfance perdue et Dieu. Rien de bien neuf, donc.

La plupart des chansons se ressemblent, si bien qu'on a le sentiment de n'en écouter qu'une seule, délicate et mignonne. Du tour de chant, presque, sans vagues : les 4 premiers titres (Death with dignity la lumineuse, Should have known better la céleste, All of me wants all of you l'insipide et Drawn to the blood l'inspirée) semblent ne faire qu'une, faute de variation(s). Avec Eugene, on a l'impression d'avoir switché sur Simon & Garfunkel sans faire attention, et on en sourit. Fourth of July se démarque par son absence de guitare, remplacé par un planant synthé qui donne un son fabriqué plus proche de l'électro que de la soupe balade céleste servie jusque là. The only thing nous ramène vers le style du début... et les 4 derniers titres relèvent donc de la même soupe recette : guitare et voix éthérées, sans harmonies travaillées, au point que certains titres semblent finis à la machette.

Carrie & Lowell pourrait être la bande-son d'un chouette film indépendant qui aborderait le spirituel sans la lourdeur ampoulée avec laquelle on a pris l'habitude de l'étouffer "pour faire sérieux". Feel good movie, donc, dont la musique ne sert que d'illustration à des images de nature apaisante, et non de discours principal. C'est ça, Carrie & Lowell : de la musique d'illustration.

Y'a qu'à écouter, aussi... tome 20

# Les Innocents - Mandarine (2015) > pour l'écouter, cliquer ici.

Moi, les Innocents, j'en étais resté à Post partum (1995) avec des tubes que j'écoute encore pour leur poésie et leur pêche, de Colore à Un monde parfait. Il y a bien eu un album en 1999, puis du vagabondage de Nataf et Urbain chacun de leur côté, mais, sans doute autant persuadés que nous de leur talent ensemble, les revoilà avec un Mandarine qui nous replonge illico dans leur patte musicale immédiatement reconnaissable, du mélange unique de leurs voix sur des textes truffés de jeux sonores - prouvant d'ailleurs que le français reste une langue à chanter, à faire danser (Erretegia mise à part) - à leur écriture mélodique caractéristique, entre pop et folk, celle qui avait fait le succès de la chanson française dans les années 90, avant que l'electropop à l'américaine vienne tout envahir.

Alors ? 10 titres légers et entraînants, parlant d'amour, du passé, de l'avenir, du présent - JiPé et Jean-Chri égrènent des chansons pleines d'une maturité affichée, qui parleront surtout aux 30 ans et plus, parce qu'il faut avoir vécu, un peu, et que ça n'en rend pas les choses plus ternes, d'avoir vécu un peu. Les philharmonies martiennes, premier titre et premier single, donne la couleur : on ne sera pas dans de la superproduction, mais dans la chanson à texte sur musique populaire ET ciselée. Pas de succession d'accords majeurs qui puent la grandiloquence, mais de la simplicité à la guitare et du rythme binaire. Si les titres se ressemblent, c'est que les variations sont subtiles - un peu plus folk ici (Love qui peut), plus balade mielleuse là (Harry Nilsson) ou plus electro-rock doux là (Petite voix), plus rock français (J'ai couru), un peu Henri-Salvadorienne parfois (Sherpa). Les Innocents dressent donc, titre après titre, le panorama stylistique d'une seule ambiance musicale, qui appelle à la tendresse.

Plus qu'un simple album à écouter en voiture en allant à la plage, d'une oreille distraite, Mandarine aligne les tranches de vie, les moments de vérité, délaissant le giron des productions actuelles - où l'on doit toucher à tous les styles sans rien maîtriser vraiment - pour creuser leur sillon, ni franchouillard, ni commercial, juste agréable. Agréable.

Publié dans Sons, Tendance

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