Apparaître / Disparaître

Publié le par Charles SaintLaz

Naître.

Grandir, pousser, découvrir, comprendre, apprendre, assimiler, élargir, compléter, complexifier, partager, échanger, rêver, épauler, décider, agir, vouloir, tenter, échouer, pleurer, réussir, rire, avancer, bifurquer, réessayer, perdre, recommencer, réinventer, continuer, questionner, concevoir, élever, laisser, aimer, espérer, regarder, rider, arrêter, constater, réfléchir, douter, oublier, flétrir, attendre...

Shakespeare disait (parce qu'il est toujours bon de citer l'auteur le plus connu de la planète après J.K.Rowling) "Le monde entier est un théâtre / Chacun y fait ses sorties et ses entrées / Et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs / Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles." (Comme il vous plaira, acte II, scène 7). S'il échafaudait, ensuite sept âges de la vie, où l'homme tour à tour est amant, soldat ou homme de loi, de notre côté, on pourrait bien s'accorder de réfléchir un peu à ce que nous sommes, simultanément ou successivement, et du théâtre (puisqu'il en est question) de chaque opération.

A chaque changement de ville, j'ai eu le sentiment d'être tout à fait le même, et tout à fait un autre. Le même parce qu'il y avait l'accumulation du temps, un autre parce que le champs des possibles ouvrait une multitude d'horizons débarrassés des lourdeurs et entraves de jadis - des choix judicieux devaient être faits pour élaguer et, comme dit plus haut, "décider, agir, vouloir, tenter...".

Et, à mesure que l'on multiplie les opérations - scolaire, professionnel, amical, personnel, sexuel, sentimental, divin, infernal -, l'on apparaît et disparaît sur chacun des théâtres, tantôt vêtu d'or, tantôt dans la pénombre. Dans un ballet perpétuel, seul ou ensemble.

Nous ne faisons que passer. Nos apparitions fulgurantes ou durables, nos disparitions préparées ou précipitées, nos grands éclats et nos lents afaiblissements... et sans aller jusqu'à jouer les Geta condamnés à la damnatio memoriae, la disparition annoncée.

Après tout, la tirade de ce bon Willy ne se termine-t-elle pas par "Dernière scène de toutes / qui clôt cette étrange histoire riche en évènements / est la seconde infantilité et l'oubli pur et simple / sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien." ?

Publié dans La vie, Vidéo

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