Carol, de Todd Haynes

Publié le par SaintLaz

Hello, it's me (again).

Le hasard est curieux, il provoque les choses. Un matin, sous la chambre où Wilde nous a quittés, à revoir celui qui, il y a quelques temps encore, n'était rien, et qui est devenu tout. Et à admirer le reflet de celui qui avait tout et qui n'en a rien fait. Parce que le temps passe, et parce qu'il nous est comptés, nous faisons souvent l'état des lieux. Le bilan. Et alors que le temps se suspend, là, sous la chambre où Wilde nous a quittés, le regard absorbé par le rose de ses lèvres, monte une question : devrais-je ? Devrais-je vraiment ?
Tiens, prends l'exemple de Therese. A l'approche de ce Noël 1952, elle croule sous le boulot dans ce magasin de jouets, quand apparaît Carol entre les rayons. Therese est fascinée, Carol, en appétit. Devrait-elle ? Devraient-elles vraiment ? C'est Carol, le dernier Todd Haynes.

L'histoire. Dans une époque où l'homosexualité est encore taboue, Carol, mère de famille dont le couple est sur la brèche, vampe Therese, fille de rien qui a tous les choix devant elle. Carol suit leur rencontre, leurs premiers pas, leurs doutes, leur passion et - reconnaissons-le - leur néant.
La distribution. Cate Blanchett est la Carol qui franchit tous les Rubicons - teint pâle, lèvres énormes, gestes de diva, lumineuse star du film. Rooney Mara est la terne Therese, jeune bouton de rose prêt à fleurir aussi bien qu'à se cramer au soleil. Les autres personnages ? Décoratifs : ils ne servent qu'à mettre la pression sur Carol - enfant, mari, ex, hommes de main.

Alors ? C'est très convenu : une fois dépassés le sublime lissage visuel, la composition impeccable, le glamour étalé sur l'écran, il n'y a aucune transgression (ni dans le jeu, ni dans la réalisation). Les deux personnages sont cliché ; la brune et la blonde, la voluptueuse et la sèche, l'apparence et la vérité, le spectacle et la réserve, l'argent et l'humilité... Où se retrouvent-elles ? Dans une fascination, apparemment - celle de Carol pour la simple Therese, celle de Therese pour l'extravagante Carol. Ou pour l'interdit. Encore une fois, sous ce glaçage doucereux, pas de prise de risque. Les émotions des deux femmes sont évoquées, mais elles sont toutes deux dans la retenue. L'arrachement, le manque, l'écoeurement, la colère, l'amour même : tout est filtré, caché, atténué. Comme planqué sous l'épaisse couche de maquillage tartinant les traits envoûtants de Cate Blanchett.
Carol est donc un film formel, manquant cruellement de vérité et de profondeur.

Tout l'inverse de ses lèvres, sous la chambre où Wilde nous as quittés.

Publié dans Ciné, La vie

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