Souvenirs de Palmyre / P.Veyne

Publié le par SaintLaz

Barbares

Le barbare, au départ, est celui qui n'a pas la même culture que nous. Depuis, c'est celui qui, arme au poing et idéologie en tête, vient décapiter une culture pour recommencer à sa façon. Certains hommes sont assez crétins pour imaginer que l'Histoire n'a aucun intérêt, qu'il ne faut rien conserver, tout réécrire. Pourtant... La culture, c'est ce qui demeurera quand tout le reste aura disparu.
La barbarie - forme armée de la bêtise, donc - a déjà mené à la mise en danger du patrimoine culturel mondial. On se souviens des statues de Bamiyan, des mausolées de Tombouctou, des ruines de Bagdad... J'en avais déjà parlé en disant qu'on en avait gros. Les guerres en Syrie touchent un patrimoine longtemps préservé : Alep, Bosra, Damas, et plus récemment, du fait d'animaux ayant pris forme humaine autoproclamés "Etat Islamique", nous observons lentement la chute de Palmyre, que l'historien Paul Veyne surnomme "l'irremplaçable trésor".

Souvenirs de Palmyre / P.Veyne

De quoi ça parle ?
Veyne ne souligne pas le caractère symbolique de Palmyre, idéologiquement. Il se comporte en historien : il décrit le factuel (les ruines, telles qu'on les voyait encore il y a 3 ans), ce qu'on peut en déduire, et ce qu'on a interprété. Et le passage du temps : les hommes, les faits, les époques. En 141 pages, il dessine autour des pierres encore debout près de 3000 ans après leur érection les images d'Epinal d'une ville hybride et cosmopolite, riche et puissante.

Et alors ?
Et alors, c'est chouette de découvrir que parmi toutes les villes mortes (ces villes antiques qui ne sont plus que des sites touristiques), peu sont restées aussi bien conservées (avec Ephèse et Pompéi). De savoir que malgré les dominations perse, grecques et romaine, elle a continué à parler l'araméen jusqu'à la conquête arabe au VIe siècle, tout en s'emparant de ce qu'il y avait de meilleur dans la culture de chacun de ses maîtres. Et de découvrir l'histoire de Zénobie, cette femme puissante qui tenta de conquérir Rome - une épopée incroyable, au départ de la cité du désert.

Et donc ?
Et donc c'est sympa, ça te sort un peu de la tristesse des infos, mais une fois le livre refermé, tu as un petit serrement au coeur. Foutus intégristes de tous poils.

Publié dans Littérature, Palmyre

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