Bataille, l'éternel humain - Pierre Rigal

Publié le par SaintLaz

S'aimer, se haïr, s'étreindre, s'étrangler, par jeu ou avec sérieux, la frontière est mince.

Voir ainsi, dans le même journal télévisé, les images des messes oecuméniques et les déclarations politiques, images de paix et discours de haine, gestes bienveillants et mots menaçants. Ce que les petites gens ont de bon semble avoir disparu chez ceux qui maîtrisent le pouvoir. La frontière est mince, pourtant, d'un geste à l'autre, d'une émotion à la suivante, et l'on voit la paix basculer dans l'horreur, ou la paix naître de l'horreur. L'ambivalence des sentiments, les aléas de leur apparition, la fragilité de leur expression, l'imprécision de leur appréhension, et pour quelles perspectives ? L'histoire des conflits humains est faite de mots imparfaits, de cerveaux formatés, de feu, de fureur et de sépultures. Alors comment aborder l'autre et le monde dans lequel il vit ?
Voilà le questionnement qui m'est venu devant Bataille (2013), pièce performative signée Pierre Rigal.

 

Sur son site, l'ami Rigal donne une piste de lecture : "Cette bataille joue avec les oppositions : le dedans et le dehors de la narration, l’alternance de l’humour et de l’angoisse ; l’aller-retour entre le réalisme et l’abstraction. L’ensemble de ces paradoxes souligne les relations antagonistes entre le Moi et son Inconscient, épisodiquement maître à bord de ce jeu d’illusions mutuelles.
C’est aussi (sic) deux relations au flux de la vie qui se confrontent ce qui provoque inévitablement déceptions, violences, jouissances, dominations, soumissions, extases..."
Le spectacle fait se succéder les saynètes, chacune porteuse d'un des éléments sus-cités, dans un geste continu, passant de l'une à l'autre par un déclencheur - un regard, un geste, un coup. L'ensemble prend un peu la forme d'un patchwork, cousu indifféremment, malgré le travail d'autocitation (à conséquence comique) et de définition éphémère des frontières du spectacle (la vie ? la scène ? l'instant ?) qui permet un peu de réflexion abstraite.

Le hic, c'est bel et bien l'imprécision de l'écriture, qui suit celle du concept : des idées, mais de grande idée. Alors oui, on saluera l'énergie, la résistance, l'humour, la beauté, l'opposition, la crudité et la métaphore, mais sans direction, où va-t-on ?
Mais admettons. Ce qui m'a manqué, dans ce petit bijou de schizophrénie émotionnelle à expression (très) physique, c'est la beauté de la précision gestuelle, l'élévation de la maîtrise corporelle, qui aurait autant servi le propos physique que le message métaphorique.

Dans l'histoire de la danse, ce n'est pas Bataille qui placera Rigal dans les chorégraphes inoubliables. Le spectacle te placera face à ses contradictions, donc aux tiennes, et ouvrira le bal de ta réflexion sur ce qu'ils représentent, ces deux-là qui s'affrontent sur le ring ouvert, et sur ce que cela fera résonner chez toi. A voir donc, tout de même.

Publié dans Spectacle, Théâtre, Danse, Paris

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