Carnaval, Carême, Antiquité et Modernité.

Publié le par SaintLaz

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Les Anciens et les Modernes, c'est une vieille querelle sur la forme de la pensée et le sens du progrès que je me repais à servir à tout bout de champ quand je veux donner un peu de profondeur à la lecture de l'actualité. Dans le discours quotidien, il semble que la pensée tende à se dissoudre dans l'immédiateté et l'ego, les idées restantes sont toutes faites d'élements de langage ; autant dire qu'on peine à faire tenir debout le mythe de l'intellectuel français. C'est que la pensée hexagonale n'est plus aussi médiatique (parce que peu télégénique), et ce n'est pas faute d'essayer. L'anxiété contemporaine pousse à exacerber le danger ; l'instinct de survie fonctionnant sur la recette applicable à court terme, les idées les plus courtes semblent forcément les meilleures - parce que les plus faciles. Le talent oratoire des uns ou d'écriture (au plateau, à l'écran) des autres n'est pas toujours éclatant : la vérité et la puissance narrative de l'instant présent mène à une archiproximité avec le réel - les auteurs estimant que la réalité, jusque dans sa banalité la plus complète, est la seule source de vérité ; oubliant par la même la puissance dionysiaque potentielle de nos fébriles existences, et de la mise en scène au propos, on s'endort trop souvent devant ces pièces, cinématographiques, théâtrales ou chorégraphiques. "La création contemporaine, c'est chiant." Enfin, c'est ce qu'on dit quand on sort d'une pièce pas intéressante ou d'un film démotivé - et il y en a, ça oui, il y en a.

Mais plutôt que de râler réac'style, je laisse Olivia Grandville nous faire mentir : son Combat de Carnaval et Carême éclos en janvier dernier est une petite merveille visuelle, ludique et fascinante, que Sainte Culturebox t'offre avec plaisir.

L'idée : relire le tableau de Brueghel l'Ancien (1559) en l'écrivant au plateau. Egréner en voix off la posture de chaque personnage, et le donner à danser à un interprète, en trop petit nombre pour n'en camper qu'un seul, commençant peu à peu à créer un mouvement au plateau, qui tourne, joue, poursuit, recrée, anime, dévie, et toi, devant la floraison de postures et l'enchevêtrement d'idées, tu souris, et n'en décolles plus ta prunelle, en te disant que de l'Ancien, on fait encore du bien joli Moderne.

Publié dans Danse

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