Savoureuses déclinaisons (de la Navarre)

Publié le par SaintLaz

- Vous êtes une déesse.

L'esprit fécond s'habitue aux formatages mais crée le changement par la variation, le out of the box, le jeu - avec les mots, les éléments, les sens, les formes... C'est comme couper le son des Feux de l'amour pour réinventer les dialogues en direct, ou découper les gros titres des journaux pour refaire la frise du salon. L'oeuvre seconde. La réécriture.

C'est justement le procédé dont les petits camarades Claire Laureau et Nicolas Chaigneau se sont emparés pour créer leurs Déclinaisons de la Navarre.
"A l’origine, nous voulions travailler à partir d’une grande scène de cinéma pour laquelle nous n’aurions pas été embauché, pour cause notamment de «physique diffèrent». C’est en recherchant sur YouTube un extrait de La reine Margot de Patrice Chéreau que nous sommes tombés sur ce téléfilm (Henry of Navarre, de Jo Baier), et cette scène de rencontre entre Henri et la future reine. Nous avons immédiatement perçu son potentiel comique."

Son qui saute, extraterrestres, bruitages refaits, vu par un tiers, grimaces, poules, danse contemporaine, film d'horreur... Les modes de variation sont pléthore, et les deux olibrius ne manquent pas d'imagination ni de disciplines pour rebooter encore et encore leur saynète : théâtre, danse, mime, et cette musicalité du mouvement qui donne souplesse et virtuosité, même dans le comique. Ah oui.

Parce que... c'est DRÔLE.
Mieux : c'est drôlement malin. Malignement drôle. Outre la fraîcheur des interprètes, il y a l'intelligence du propos, et les rires se déclenchent avec d'autant plus de plaisir qu'ils viennent aussi de l'intellect. Tu ne te sens pas flatté dans le sens de la communauté, comme l'humour s'y restreint, non : tu te sens dans un environnement de références connues, dans le délire de la télé, du détournement, du réel, du personnel, de l'entre-nous, mais pas de l'excluant. Chaque phrase, chaque situation se réinvente : c'est brillant.

LA pièce de l'année, so far.

Donnez-moi votre main.

Donnez-moi votre main.

Publié dans Danse, Théâtre

Commenter cet article