A l'heure où blanchit la campagne...

Publié le par Charlie SaintLaz

... je partirai.
Il y a eu Argentan, 15 ans. Héritage familial, magie de l'enfance, les graines de la passion et le début de la guerre civile.
Il y a eu Caen, 5 ans. La guerre, toujours, la renaissance, les grandes désillusions et les amis, les vrais.
Il y a Paris, depuis 8 ans. La guerre, discrète, les amis, toujours, les amours imaginaires, perdues et retrouvées, et le silence. Les idées, les envies, les combats, les projets. Les questions, les je t'aime, les je ne veux plus te voir. Les milieux étriqués, les têtes rigides, les mains baladeuses et l'amitié contrefaite. L'inépuisable réservoir à nouveautés et l'art de la copie. L'éternel empressement et l'incontournable hypocrisie libertaire. La communauté, le partage et les discussions. La solitude, le mépris et le manque de bon sens. L'affirmation, l'innamoramento, l'idôlatrie. La soumission, la séduction, la réification.
Paris. La ville Lumière, la ville de l'amour, la capitale des idées, laplus belle ville du monde. une ville d'exception. A croire qu'on peut se lasser des villes d'exception.
Il y a Lyon. Un Lyon un peu familial, un peu désagréable. Un Lyon séduisant, petit mais immense, européen, dansant, tolérant. Lyon l'aventurier, le discret mais téméraire. Lyon l'autre grande cité, celle des Gaules.
Il y a Londres. Londres la flegmatique, l'insensée, la gigantesque, l'onéreuse, la maniac. Paris sans la finesse, mais tellement plus créative, audacieuse, exutoire, tellement plus triste et coincée, aussi.
Il y a Montpellier. Solaire, discrète, besogneuse, multiple et unique. Montpellier, la simplicité de la ville moyenne, l'ambition des grandes destinées, l'énergie de l'exaltation, la gaîté de la fête à l'espagnole.
Il y a aussi San Francisco. Lointaine, ambigüe, friendly, libérée, fraîche et écrasante, souffrante mais dynamisante. Tu peux tout essayer, mais tu risques tout. Tu deviens, ou tu disparais. America's pitilessness.
Rien d'arrêté, juste des tentations.
Et d'autres à venir, sans doute.
Partir, c'est ce qui me guette. Ce qui pourrait bien me manquer, ce n'est ni la Tour Eiffel scintillant à une heure du matin, ni les verres au bar du Théâtre de la Ville, ni le plaisir de la danse à la Ménagerie de Verre, ni les gamins amoureux transis, ni les coeurs inconstants. Ce qui me manquera, ce seront les histoires qu'on se raconte à la Roseraie ou celles qu'on a vécues dans l'appartement de la rue du square Carpeaux. Et les petits matins qui suivent les nuits folles, ces aurores dorées où les pierres et l'asphalte de la ville semblent pleines de l'amour qui s'y est inscrit dans la nuit. Ah, les matins de Paris...

Publié dans La vie

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