Bilan (Rois et Reine)

Publié le par Charlie

Va savoir.
En ce moment, j'ai tellement de trucs à penser que je n'arrive même pas à savoir où j'en suis, moi. Il a fallu que je me colle devant un Desplechins pour réaliser quelques trucs ... et m'étonner.

Nora (Emmanuelle Devos) est une femme libre. Elle va se marier, mais elle se sent vulnérable. Pierre (Joachim Salinger), le père décédé de son fils Elias (Valentin Lelong-Darmon), la visite encore dans ses souvenirs. Ismaël (Matthieu Amalric), qui a servi de père à Elias de 2 à 8 ans, est interné à la demande de sa famille et de ses musiciens. Louis (Maurice Garrel), le père de Nora, est entrain de mourir. Devant ce monde qui part à vau-l'eau, chacun règle ses comptes avec les autres, dans une lucidité qui n'est pas sans faire écho à nos situations personnelles. En tout cas, je me suis senti comme face à moi-même, à plusieurs moments.

On ne choisit pas sa famille. Il y a toujours des cas difficiles. Et puis il y a ceux qui cumulent. Quand je regarde en arrière, quand je repense à ces 12 années qui me séparent du jour où l'on m'a appris le divorce de mes parents,  du jour où tout a changé, jusqu'à la couleur des dimanches, je ne peux m'empêcher d'être impressionné par la résistance, par le courage, par la solidité mentale dont j'ai du faire preuve pour être encore debout sur mes jambes aujourd'hui. Comme le dit Nora lorsqu'elle fait le bilan : "Aujourd'hui, je suis stupéfaite de ma ténacité." En en parlant à des spécialistes, j'ai compris  quelle force avait été la mienne. Je n'en avais jamais eu conscience vraiment. Ca me semblait tellement naturel. Contre la violence et la folie, que peut-on faire d'autre ? "J'avais tellement de haine en moi que ça m'a sauvé. C'est cette haine qui m'a protégé de tous ces gens. Et de la honte..." Ca n'a rien de surhumain : c'est juste soudainement si personnel ...

A trop vouloir le bonheur des autres, à trop chercher la reconnaissance dans leurs yeux, j'ai perdu un temps phénoménal et une énergie considérable. Pour, au final, entendre dans la bouche de mes parents les pires choses qu'on m'ait jamais dites. Et lire dans les yeux (et l'attitude) des garçons qui ont traversé ma vie assez de je-m'en-foutisme pour avoir du mal à me donner de la valeur. Je sais maintenant qu'il n'y aura que moi pour me sauver. Mais je ne pardonnerai plus leurs comportements, ni aux uns, ni aux autres. Ni rancune, ni rancoeur : juste un peu de justesse dans l'amour que chacun mérite. Comme lorsque Nora revisite le passé (une de mes activités favorites) avec Pierre : "Tu es irresponsable. Tu n'es pas un homme, tu es un enfant. Narcissique." Où j'étais, moi, dans leurs existences, à tous ? Et en quoi devrais-je me taire ?

Voilà ce qu'on m'a appris : "Être aimé, c'est n'avoir pas à demander"
Je suis trop gentil. J'ai rien demandé, j'ai rien eu.

J'ai toujours douté de tout. Par peur d'infliger une injustice à quelqu'un. Au final, je n'ai qu'une chose à dire, et c'est de la bouche d'Ismaël qu'elle sort le mieux : "Faut toujours prévoir que, évidemment, on a raison, mais que c'est toujours possible qu'on ait un peu tort en plus, sans s'en rendre compte. Et avoir un peu tort, c'est une très bonne nouvelle ! Ca veut dire qu'on n'a pas déjà toute la solution, et que la vie va être bien plus étonnante et pleine de surprises que ce que l'on croyait." Je ne voulais pas en arriver là, mais si la colère doit mener le bal de mon existence, elle le mènera, en restant juste avec chacun.

Ainsi, Rois et Reine, rien que pour ses dialogues ...

Publié dans La vie

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