Confession d'un enfant du siècle.

Publié le par Charlie SaintLaz

De l'indignité en amour.

Il y a l'amour simple. Celui qu'on revendique parce que je-t'aime-et-tu-m'aimes, et que l'on abat parce que l'on ne s'aime plus. L'amour clairvoyant, qui ne s'embarasse de rien. Et il y a les amours compliquées. Celles dont on se sent obligé de parler au pluriel parce qu'il n'y a pas que cela, celles où l'amour ne suffit pas à entretenir l'histoire, celles où l'on se déchire, où l'on se détruit, soi comme l'autre, par amour. Je les connais bien, je suis client régulier. Ces amours-là sont plus banales qu'on ne le croit. Elles sont sinueuses, habitées par quelque chose de passionné qui meut et émeut, qui fait tout disparaître, qui consume tout sur l'autel de l'Alter ; habitées mais tout autant (si ce n'est plus) habillées par tout un fatras d'émotions et de principes indépendants qui l'empêchent de s'exprimer avec aisance et simplicité. Dire "Je t'aime" est toujours accompagné de "mais". "Je t'aime mais je ne te mérite pas" ou "Je t'aime mais tu me salis". Les histoires d'amours compliquées sont légions dans la littérature romantique du XIXe siècle - et dans les films qui s'en inspirent. Ce qui fit dire à Musset que la dépression romantique était, sans aucun doute, le mal du siècle (le sien, pas le nôtre).

confessiond-unenfantdusiecle.jpgSylvie Verheyde a tiré de la Confession d'un enfant du siècle de Musset un film en costume sur le thème des amours compliquées. Octave, trahi par sa maîtresse, déprime jusqu'à ce qu'il tombe sur Brigitte, veuve elle-même déprimée. De la rencontre de leurs vies mornes naît un amour singulier, un amour qui joue à "Qui est le plus indigne de l'amour de l'autre ?", avec un concept clé : Je ne peux vivre sans t'aimer, mais je me sens tellement nul(le) que je refuse que tu m'aimes, et si un jour tu me quittes, et tu le feras puisque je t'y pousse, je mourrai. La perversion au service des suicidaires. Comme Octave ET Brigitte jouent à ça tous les deux, les dialogues sont longs. Et que je te menace de me tuer dans la neige, et que j'écris que je me suiciderai par amour à Paris, et que je drague quand même un(e) autre en sachant que je ne pourrai l'aimer autant que je t'aime, et... et Sylvie Verheyde, là-dedans, qui rajoute à l'apathie languissante d'un Pete Doherty inexpressif et d'une Charlotte Gainsbourg aphone des scènes d'esthétique pure filmées en caméra à l'épaule à coups de gros plans dans les nuances de gris. Parasites. Le film dure donc 2h30, dont 100 minutes où tu te dis "Mais tuez-vous une bonne fois pour toutes, et vite ! Qu'on en finisse !".
Non, si tu veux voir un beau film d'histoires compliquées où l'on trouve de la belle langue et de beaux interprètes, plonge toi dans Les enfants du siècle, de Diane Kurys, où Juliette Binoche et Benoît Magimel donnent à George Sand et Alfred de Musset la puissance romantique qu'on imagine avoir parcouru leurs amours impossibles.

Publié dans Ciné

Commenter cet article