Courrier des lecteurs.

Publié le par Charlie

Dans le flots de mails que je reçois chaque semaine de ta part, lecteur adoré (si si), il y a parfois des trouvailles.

Autant, quand tu me parles de terre battue, de bandeau de poignet et de tennis elbow, je peux être intarissable, autant quand il est question de crampons, de hooligans et de but dans les arrêts de jeu, je fais moins le malin.

Cependant, cher lecteur, je dois te faire part d'une question qui m'a été posée, et qui m'a donné envie de te parler de football, le sport que je considère comme complètement overrated.

Et overrated n'est pas tout à fait à traduire par sur-raté. Pas tout à fait.

 

Bon, du foot, j'en ai mangé du petit déj au souper avec tout ce qui portait des testicules à la maison : mon grand-père, mon oncle, mon père, mon frère, tous leurs potes, et même le chat. (Une fois castré, il a changé de politique, mais ça ne l'a pas empêché de développer un ventre à bière, va comprendre.)

Alors bon, en tant que deuxième de ma fratrie, je me devais développer un anticonformisme de bon aloi, et ne pas aimer le football. Au final, je n'ai pas vraiment eu à me forcer : des types qui courent après une baballe dans le but de la mettre dans une cage, j'ai jamais trouvé ça digne d'être appelé athlètes. Mais je devais être influencé par Olive et Tom, dont le réalisme était flagrant : des terrains tellement grands qu'on n'en voit pas le bout, des ballons déformables à l'extrême ou qui restent suspendus en l'air pendant 5 minutes tellement le type a tapé fort dedans, ... Bref. Tout plein d'aprioris sur le football, je m'engageais donc très jeune dans ma longue lutte contre ce sport qui avait tout du cirque de bas étage (au sens de panem et circenses), et qui s'avéra, avec le temps, concentrer tout ce que je détestais dans l'âme humaine : son exagération (tu sais, ce joueur qui pleurniche une demie-heure par terre en se tenant le genou parce qu'un adversaire lui a fait un tacle tout à fait homologué par la fédération (en plus, c'était l'AUTRE pied qu'il t'a touché, tricheur)) et sa propension à la vulgarité.

 

C'est justement là-dessus que portait la question de mon bon lecteur. Je cite :

"Pourrais-tu, s'il te plaît, éclairer ma lanterne de l'avis définitif du pro auquel je crois m'adresser ? Tout ce battage autour de la malheureuse saillie de Anelka en vaut-il vraiment la peine ? N'oublie-t-on pas un peu vite ce qui avait amené le dieu du ballon rond et de la mixité à répondre par un (aussi injustifié soit-il) coup de boule en 2002 ?)?


Finalement, ne sommes-nous pas en train de payer cash l'idolâtrie dont sont l'objet des joueurs auxquels on demande somme toute d'avoir l'intelligence au ras du crampon?

(...)
La bZh,
S."
Alors là, évidemment, mon bon S. (car je ne doute pas de ta bonté naturelle), tu me donnes du grain à moudre, t'as pas idée. Allons-y avec méthode.
1) Pro, pro, c'est vite dit, comme tu as pu le comprendre. Au demeurant, en bon sociologue de café du commerce qui sommeille, j'ai envie de te dire : le foot et le footeux, j'ai expériementé ça de près. Je suis même allé voir un match de Coupe d'Europe, Lyon-Maribor, c'était y'a longtemps, et j'ai bien failli mourir à soutenir Maribor dans la tribune des pro-OL. Donc j'ai étudié, mais pas vraiment appliqué.
2) Pour te répondre, non, ça n'en vaut pas la peine. Disons que les insultes (pour replacer dans le contexte "Va te faire enculer, sale fils de pute") dans la bouche d'un footballeur, c'est un peu la base de la discipline. Un footballeur qui ne serait pas vulgaire serait vu comme une tapette, parce que ça fait viril, l'insulte, ça fait genre "je défends mon honneur". Et quand il s'agit du sport le plus populaire du monde, il s'agit de défendre l'honneur de tout un peuple, donc on va pas se laisser traiter comme une merde par cet enfoiré de connard, non mais ho. Note que c'est tellement populaire, l'insulte, que même les présidents de la République y ont recours. C'est très Nouvelle France, l'insulte. Tout ça pour dire qu'en fait, c'est tellement pas grave, l'insulte, qu'on devrait pas s'y arrêter. Mais en France, pays du politiquement correct depuis 30 ans, on aime quand nos célébrités font preuve de limites et qu'ils se fendent d'une petite grossièreté, ça les rend proches de nous. Du coup, on médiatise beaucoup ce genre de passade linguistique. Et puis ça mérite bien de passer en une du 20 heures, parce que c'est comme l'AVC de Johnny Hallyday, c'est plus important (et plus palpitant)(et plus drôle) que le Darfour, la Corée du Nord ou l'Iran. C'est ça, l'audimat. Alors ça n'en vaut pas la peine, mais c'est toujours mieux de jouer les moralistes sur des questions triviales que sur des questions de politique internationale.
3) Tu compares la verve d'Anelka à notre gentil Zidane, qui voulait changer le monde avec les assurances Générali qui ont pourri la façade de mon immeuble pendant 24 mois (tu vois, je l'aime d'amour, le Zizou, j'ai pas du tout de dent contre lui). Zidane qui, rappelons-le, en finale de la Coupe du Monde 2006, a donné un coup de boule à un Rital qui avait eu l'audace de prétendre être capable de déflorer sa soeur, à lui le meilleur joueur de tous les temps. Alors qu'Anelka, il a dit à son coach qu'il aimait pas ses méthodes de fils de mauvaise extraction. Tu veux comparer, alors comparons. Zidane, il est gentil vs Anelka, il est méchant (ben si, il est allé jouer chez les Anglais, c'est bien une preuve)(en plus, il s'appelle Nicolas, et ils ont mauvaise presse, les Nicolas, en France). Materazzi, il est méchant vs Domenech, il est gentil (mais un peu con). Zidane, il défend l'honneur de son clan vs Anelka, il attaque l'honneur de son coach. Tu le vois, les enjeux ne sont pas les mêmes. Toutefois, s'il fallait tout mettre à égalité, et si à insulte semblable réaction semblable, Domenech aurait du donner un coup de boule à Anelka. Par principe. Ainsi, je ne crois pas qu'on ait oublié le geste de Zizou en 2006, non : on l'a excusé. Là où Anelka, on lui fait le même procès que celui qu'on a fait à Materazzi : ce type est un voyou, c'est pas des manières, approche tes doigts que je te donne des coups de règles en métal, vilain garnement (ou, en français d'aujourd'hui, "gros bâtard"). Zidane, c'était un peu exagéré, mais bien mérité, là où Anelka, c'est de l'insubordination, de la vulgarité, bref, c'est inadmissible. Tu vois, rien à voir.
4) Dois-je te rappeler que, cependant, le coup de boule de Zidane a fait les choux gras de la presse à scandales presse nationale et sérieuse pendant un moment ? Donc tu vois, les Français sont égaux à eux-mêmes. Par contre, ce qui est amusant, c'est que la soeur de Zidane et la mère de Domenech ont la même profession que Zahia, proche amie de Ribéry. Le football, c'est une question de milieu, c'est très communautaire, c'est sympa, quoi. Une grande famille.
5) Et pour ton ultime question : si, nous payons. Mais c'est de bonne guerre : on a laissé faire. Tant qu'en football on donnera de l'importance à autre chose qu'au jeu, on aura le droit à ce genre de cabbale médiatique. Va pas croire que d'autres sportifs n'envoient pas ce genre de bois vert à la tronche de leur coach. Rugby, cyclisme, gymnastique, tennis, peinture sur soie : tous les athlètes peuvent avoir des moments de révolte et se lâcher verbalement. On imagine très bien ce que Laure Manaudou a pu balancer à son adorable et bien élevé Philippe Lucas. Encore que non, Laure, elle respire la fille humble et bien élevée. C'est ça, toute la différence entre le football et les autres sports : la même différence qu'entre Anelka et Manaudou. Oui, c'est bien ça, la différence, c'est l'éducation. La plupart des sportifs sont respectueux. Pas les footballeurs. La plupart des sportifs ont la passion du beau jeu. Pas les footballeurs. La plupart des sportifs savent reconnaître la supériorité de l'adversaire. Pas les footballeurs. Donc Anelka qui perd, il insulte Domenech. Manaudou qui perd, elle se flagelle toute seule. C'est en ça que l'adage est vrai : le rugby est un sport de brutes joué par des gentlemen, le football, c'est l'inverse. cela dit, pas facile de commenter le jeu, vu le niveau du football français. Donc on se raccroche à ce qu'on peut, et si c'est la main d'Henry, c'est toujours ça de pris.
En espérant avoir répondu à tes questions, cher S., je t'embrasse bien fort.

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