De la bêtise des politiques

Publié le par Charlie SaintLaz

Demildouse, année de la lose

C'est sans doute le printemps qui veut ça, grand perturbateur hormonal s'il en est, mais je me demande malgré tout si les candidats à la présidentielle française sont bien détenteurs des diplômes qu'ils prétendent avoir, ou si ils ne sont pas que la preuve vivante de l'échec de notre système éducatif. J'm'explique.

 

Dix candidats, dix variations sur le thème des "valeurs républicaines", dix idéologies faisant varier le curseur sur les axes de la morale, de la société, de l'Etat, de l'économie et du monde. Jusque là, ça va. On se dit même que pour réfléchir à tout ça en même temps et pour former un ensemble cohérent, il faut être brillant. Donc on ne les imagine pas trop trop sans diplômes correspondants (quand bien même le diplôme ne prouve rien).

 

Toutefois, sur ces dix candidats, pas un seul ne fait la part des choses. Les 9 challengers font tous état d'un bilan noir du quinquennat qui se termine, où rien n'a été pendant 5 ans et où aucune action n'a été profitable à qui que ce soit (sinon une petite minorité friande de corruption). Face à eux 9, un président (et une majorité) qui se glorifient d'une gestion irréprochable de l'Etat et du pays pendant 5 ans, avec que des bonnes choses, et pas une seule ombre au tableau, "non non, je t'assure, pas une seule". Ou alors, c'est la faute à la crise.

Manichéisme ? "Non, c'est juste comme ça que ça se passe". De la part de candidats qui se prétendent porteurs de la vérité, l'ironie est cinglante. Les philosophes du fait politique, de là où ils sont, doivent regarder la France en se disant que cette nation si prometteuse est définitivement perdue.

Tout de même, nos 10 candidats semblent tous croire que les Français n'ont pas de mémoire. Qu'ils ne se souviennent pas du Fouquet's, de Khadafi, du RSA, des Roms, de l'affaire Bettencourt ou de la présidence de l'Union. Non, pour nos 10 candidats, le manque d'objectivité est un principe. Il ne peut pas y avoir de demie-mesure parce qu'admettre que l'adversaire a eu une bonne idée, c'est admettre qu'on ne l'a pas eue avant lui, donc qu'on est mauvais, donc que... STOP. Les Français méritent un peu d'honnêteté intellectuelle pour reprendre confiance dans la question politique. Mais aucun de ceux qui prétendent agir en leur nom ne semble capable de s'y engager, et personne n'en parle - et surtout pas les médias.

Nos dix candidats semblent donc croire les Français sont des poissons rouges. Pas de mémoire, pas d'esprit critique, pas d'objectivité : ils pensent qu'un Français n'a pas d'opinion réelle, tout abruti qu'il est par la télévision, qu'il suffit de parler plus fort, de cultiver les divisions du groupe et les rêves individuels pour aller de l'avant gagner le vote de la masse. Le Français moyen, ça l'arrange : les affaires de l'Etat, tant qu'elles vont dans son sens, il s'en fout. Et cette affirmation tient autant pour les attentistes et les opportunistes que pour les têtes faibles engagées dans la lutte aveugle, bête et méchante du jeu politique. Pour les autres, esprits simples et pragmatiques, cette situation est indigne de la nation qui se revendique berceau des Lumières.

Et c'est sans doute ça, le vrai symbole de l'échec de notre système éducatif. Nous l'avions pensé, après la guerre, comme l'outil idéal pour la formation de l'esprit critique de l'élève. Non seulement les Français semblent se repaître de ne pas réfléchir à ce qu'on leur dit - parce que l'exégèse des formulations politiques serait plus riche que l'étude du fond - mais ils sont aussi "représentés" par des gens qui, bien que très diplômés pour certains, ne font guère mieux dans le domaine de l'esprit critique, limités à une vision manichéenne qui n'est, en théorie, jamais enseignée à l'école.

 

Je m'interroge donc : si le degré d'implication morale des Français est si bas, est-ce parce que leurs élites politiques ont oublié d'être honnêtes intellectuellement - tuant la vérité de leur discours - ou est-ce la faute du système éducatif défaillant (à l'effet catalysé par les médias, rois de la pensée unique), auquel cas les français sont très bien représentés par leurs élites politiques ? J'hésite.

Publié dans La vie

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