Degas, l'homme de l'ombre

Publié le par Charlie SaintLaz

Degas fait débat.

Génie incroyable, visionnaire, mal-aimé ? Passerelle entre les classiques (Goya, Delacroix) et les impressionnistes (Monet, Cézanne) ? Gribouilleur, flou, criard ? Les critiques de son temps (1860-1917) comme les historiens de l'art d'aujourd'hui ne savent s'accorder sur son apport, tant Degas semble avoir passé sa vie à joindre académisme et avant-garde. Depuis hier, le Musée d'Orsay présente une expo pour se faire son idée : Degas et le nu. Alors ?

 

Degas---Nu2.jpgL'idée : Degas a toujours travaillé le nu. Pastel, sculpture, peinture, lithographie : tous les supports de l'artiste l'ont vu explorer le nu. L'expo déclare que c'est par le nu que Degas a innové, a recherché, a fait partie des grands de son temps. Partout, d'ailleurs, on dit qu'à la mort de l'artiste, on a retrouvé des tableaux tellement avant-gardistes dans son ateliers qu'on a été surpris du génie de ce peintre. Nous voilà donc devant des tableaux où Degas tente de retrouver le style pictural médiéval, d'autres où il travaille le corps en souffrance, d'autres, le corps déshabillé, juste sorti de l'intimité du bain... Les panneaux sont là pour orienter le visiteur, pour lui dire que voir, qu'y chercher. Et l'ensemble est vraiment de grande qulité, avec des pièces venues de partout (l'expo est une co-réalisation Musée d'Orsay - Museum of Fine Arts de Boston). A côté des esquisses au fusain et des tableaux terminés, Orsay présente des tableaux de peintres ayant inspiré Degas (Ingres, Delacroix), ayant oeuvré au même moment que Degas (Renoir, Toulouse-Lautrec,...) ou ayant été inspirés par Degas (Picasso, Matisse) : exploration de l'homme et de son époque, décidément très à la mode.

 

Danseuse.JPGLe résultat : Très efficace, l'exposition est à la fois didactique et imaginative. Disons surtout qu'en dehors de toute explication, le visiteur aurait compris que Degas tâtonnait, explorait, essayait, sans atteindre vraiment la maestria de ses Trois danseuses, de son Orchestre de l'Opéra, de L'absinthe. Pourtant, on sent, dans la plupart de ces nus, que quelque chose de grand se prépare ... Le tub, inachevé, avec son cadrage en plongée et sa position entre le soulagement et la souffrance, avec son grain et sa lumière, promettait un nu incroyable, que l'ensemble de l'expo mène à considérer en sachant ce qu'on regarde. Sinon, Degas est bien l'homme de l'ombre : aperçoit-on, de loin, un tableau que l'on croit (re)connaître ? Pas de bol : c'est un Caillebotte (L'homme au bain), un Gervex (Rolla), un Toulouse-Lautrec... et les Degas présentés comme des chefs d'oeuvre (Après le bain, surtout) paraissent bien fades, bien ternes, à côté de la puissance picturale de ses voisins.

 

Degas-et-le-Nu.jpgDegas et le nu

 

 

du 13 mars au 1er juillet 2012

 

 

Musée d'Orsay

Paris

 

 

Infos/Résa : site de l'expo

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