Il suffit de faire pour comprendre.

Publié le par Charlie SaintLaz

Moi qui ai peur de devenir amer, ...
Sidi.JPGSidi Larbi Cherkaoui. Il y a des noms qui coulent, comme l'eau calme d'un ruisseau, et d'autres qui tempêtent, qui accrochent râpeusement à l'oreille. Le sien commence doucement, tempête un peu, et un peu plus, et se termine dans l'harmonie.
Demander pardon, endosser ses responsabilités, est un acte qui permet de nous repositionner face à notre histoire. Découvrir la valeur de notre passé est un don précieux. Cette conscience, à la vertigineuse et grisante, décuple notre notre faculté d'apprécier le présent. Elle est une naissance perpétuelle qui nous rend vivants. C'est la puissance d'incarnation d'un être, la manière dont il fait respirer la vie, qui le rend merveilleux et inoubliable.
Sidi Larbi, ce danseur devenu chorégraphe, sorti de ses origines, de ses Flandres, inspiré, habité par elles. Cherkaoui, l'homme qui dicte le mouvement, qui mêle à la nécessité du geste l'apaisement de la catharsis, ou l'inverse. SLC, que l'on ne présente plus, parce qu'on l'a trop, toujours présenté de la même façon. Il parle. Il parle, non sans scrupules. Ce n'est pas qu'il n'aime pas le passé, mais il a peur de ce qui est figé. Alors l'écrit, il l'évite autant qu'il le peut.
pelerinage-sur-soi.jpg[Avec mes interprètes,] il y a malgré tout quelquechose que je reconnais, une certaine manière de voir que nous partageons totalement. Il y a cette reconnaissance naturelle, avant même que je découvre tout ce que cette personne pourra m'apprendre.
Plutôt que d'écrire, il confie ses mots. A Justin Morin, le plasticien. Dans un court livre, peu de mot, mais tellement riche d'idées, de pistes, d'images, de mouvements aussi. Pélerinage sur soi, chez Acte Sud.
En représentation, le danseur transmet ses crayons au spectateur. Si, avec mon index, je dessine un cercle dans l'espace, on aura la sensation de voir un cercle parfait. Pourtant, il n'est pas régulier. C'est l'oeil du spectateur qui le corrige et complète le mouvement. La danse est un dessin fait à deux crayons : celui de l'interprète et celui du public.
Avec simplicité, le (joli) garçon dévoile un peu de sa pensée. un peu de son âme, donc. Un peu de ce qu'il est. Et cela s'accompagne, naturellement, d'un peu de sa danse. Furieuse, souvent. Violente, parfois. Vibrante, toujours. "Il suffit de faire pour comprendre" : lorsqu'il le dit, c'est à l'absolu. Il le dit pour s'ouvrir, pour s'épanouir, pour dépasser sa condition d'homme, sa condition d'esclave.

 

Vibrante.

Publié dans Grands mots

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