Indignez-vous, qu'il dit !

Publié le par Charlie

indignez_vous-hessel_m.jpgStephane-Hessel.jpgQue tu sois hipster, underground, intello, réac ou public de Canal Plus, il y a un truc auquel tu n'as pas pu échapper, c'est la promo du bouquin de Stéphane Hessel, Indignez-vous !. D'ailleurs, tu n'as pas vraiment attendu pour l'acheter, pas vrai ? Et pas que pour toi, pas vrai ? Normal.

Normal ? Devant l'ampleur du phénomène, tu me diras : "c'est un peu incontournable" ou encore "je l'ai lu : c'est effectivement indispensable". N'empêche que moi, je me pose la question : Pourquoi le bouquin de Stéphane Hessel fait-il un carton ?

 

(et évidemment, je réponds à l'emporte-pièce)

 

1. Le format idéal pour les masses

14 pages. De la couverture à la quatrième, c'est aussi épais qu'un tiers d'iPhone. Rassurant, du coup : si c'est pas trop long, c'est tout à fait lisible. C'est facile : y'a moins à lire que dans un Libé, ou que dans un L'Equipe. Seule différence : y'a pas d'images. En même temps, pas sûr que ce soit encourageant de balancer des photos de de Gaulle (dont l'image est quand même moyennement drôle) pour divertir le chaland. Et ça fait des coûts de droits à l'image en moins pour l'éditeur. Côté style, c'est pas ampoulé, pas sentencieux, simple, direct, donc efficace : quand tu le feuillettes pour voir de quoi il est question, tu ne peux pas avoir la sensation de crouler sous les gros morceaux d'histoire, avec des morceaux de nazi et de DUDH dedans. Ca semble tout à fait accessible. Autre chose : le type n'est pas en photo sur la couverture : ni vieux ni jeune, ne pas voir son regard te dévisager quand tu hésites à l'acheter, ça te donne envie de l'acheter, justement. Bon point marketing. Mais, si l'envie te prenait de le retourner (le livre, pas l'auteur), pour lire la 4e de couverture par exemple (ou regarder le prix), tu tomberais un peu sous le charme de ce petit vieux monsieur au sourire tranquille, au regard brillant, au visage rassurant tourné vers l'avenir.

 

2. Une figure idéale pour les intello

Père juif. Père écrivain. Mère peintre. Mère mélomane. Marcel Duchamp dans l'entourage. Diplômé d'Ulm. Rejoint de Gaulle à Londres en 1941. Rescapé de Buchenwald. Devient diplomate. Rédige la DUDH. Libertaire (pro-indépendance de l'Algérie). Il t'en faut plus ? Il y en a bieeeeen plus. Stéphane Hessel, c'est une histoire qui croise l'Histoire plus d'une fois, et toujours du bon côté : anti-nazi, anti-colonialiste, anti-dictature, anti-fric, anti-abrutissement-des-masses, pro-Droits-de-l'Homme, pro-libre-arbitre ... Sa posture intellectuelle alliée à son passé proche des grands mouvements de pensée du XXè siècle (et de quelques noms bien placés qui font chic) fait de Stéphane Hessel un type classe, trendy, intelligent, donc éminemment respectable. Donc à lire comme bréviaire du bon goût. Et si ce bon goût a le coeur à gauche, c'est pas plus mal ...

 

3. Un personnage idéal pour les vieux

Self-made man, résistant, rescapé des camps, proche des milieux politiques de de Gaulle à Chirac, engagé, parlant des idéaux d'un truc que 80% ne connaissent que de nom (le Conseil de la Résistance, tout ça) : Stéphane Hessel ne peut être qu'adoubé par nos seniors préférés (et les autres grincheux). C'est surtout que la génération de nos grands-parents (selon ton âge, hein ...), née avant guerre, l'ayant subie, en tirant des leçons, s'étant battue pendant des décennies pour faire de la France un Etat et un pays digne de ces noms, est souvent déçue, navrée, contrite de voir ce que ces 30 dernières années ont fait de leurs idéaux et de leurs réalisations. Politiquement, le toujours-contrisme (aka "fait d'être systématiquement contre ce qui est proposé") est la religion de ceux qui en ont vu d'autres ... et qui espéraient beaucoup. Pour le coup, Hessel est pile au bon endroit : il critique ouvertement les actions politiques depuis Mitterrand, s'en prend à Israël, au raturage des acquis sociaux, au basculement dans l'intolérance, ... Bref, il brosse dans le sens du poil. Même s'il égratigne aussi sa génération avec les mêmes accusations, à quoi il ajoute une passivité intolérable. Il remet donc les esprits à leur place. (Et toc !)

 

4. Un engagement idéal pour les jeunes

Tu es jeune, et comme tu me l'as merveilleusement prouvé récemment, tu es engagé en politique (OoooOoOOh, il neige !)(désolé, ceci était une private joke). Tu es engagé, mais tu ne comprends pas tout, tu ne sais pas si tu dois penser comme tes parents ou défendre tes propres intérêts. C'est normal. Ton corps change. Toujours est-il que pour te guider dans le monde des idées que les grandes personnes maîtrisent souvent un poil mieux que toi (on appelle ça "la politique de papa"), Indignez-vous ! est TON guide idéal. Pourquoi ? Engagé, motivé, militant, clair, précis, un poil utopiste, le bouquin d'Hessel réunit toutes les qualités pour éclaircir nos cerveaux lady-gagaïsés, pour mettre nos idées en ordre, dans le bon sens. Pas question, pour autant, de prendre parti : il ne fait qu'éveiller les consciences, sans désigner l'ennemi / la cause à combattre. Il donne simplement son exemple, ce qui l'indigne, ce qui fait qu'à 93 ans encore il secoue les choses, les esprits, les institutions, parce que bon, faut pas déconner, quoi. Et toi, ô Jeune pimpant (ou moins jeune, mais tout aussi pimpant), ça te fait du bien de te faire mettre ... les idées en place.

 

5. Un idéalisme idéal pour tous

Stéphane Hessel n'a pas de discours révolutionnaire. Il ne propose pas de programme détaillé, ni de liste de faits contre lesquels s'élever. Il ne pointe personne du doigt, mais signifie simplement que les idéaux qui étaient les siens sont aujourd'hui bafoués, et ça le met en colère. Il invite son lecteur, en toute simplicité, non pas à la suivre sur les idées, mais à en avoir, des idées. A les construire, à les dire, à les défendre. Il appelle à la tolérance et au respect, à l'écoute et au débat. Voilà ce qui l'agace au plus haut point : la passivité. Prenant l'exemple de Gandhi, Hessel prône un soulèvement général mais individuel, non violent, pacifique, clairvoyant. Du coup, il est bien obligé (je le comprends et je plussoie) d'en passer par l'attaque de quelques fondamentaux : le discours politique aseptisé, le consensualisme médiatique, le je-m'en-foutisme, tout ça tout ça. Au final, loin d'être une vraie claque, Indignez-vous ! est un petit pamphlet contre l'état moral et intellectuel de la société, et un peu contre le laisser-aller de la société politique contemporaine. En fait, il fait comme nous : il s'énerve et tape du poing. Sauf que lui, il défend des idées.

 

 


 

 

A lire, alors ? Oui. D'abord parce que ça ne mange pas de pain (14 pages, hein), ensuite parce que ça ne peut pas faire de mal (pour peu que tu te sentes vaguement concerné), enfin parce que, pour certain, ce sera une révélation.

Publié dans Grands mots

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