Indispensable (soit disant)

Publié le par Charlie

La lettre de Guy Môquet ... Parce que le président a fait preuve d'un émotion devant la lettre d'adieu d'un gamin qui s'est levé contre la tyrannie, voilà nos jeunes obligés d'écouter ces quelques mots. Il n'a pas compris que la jeunesse, si elle n'est pas sensibilisée, vivra l'intensité de cette lettre comme un énième pensum. Qu'ils en seront dégoûtés. Pourquoi ne pas proposer de l'apprendre par coeur en CM2, aussi ?

Les lettres, on en a connu un paquet. On a tous été forcés de lire Les lettres de mon moulin de Daudet, vois où ça nous a menés ... Par contre, la lettre de George Sand à Alfred de Musset, qui a couru entre toutes nos mains, n'était pas imposée par la hiérarchie éducative, mais proposée sous le manteau par nos camarades plus âgés. Au final, on l'a tous lue !

Moi, je vous propose un extrait de la Lettre à un otage, de Saint-Exupéry. Si les gens savaient se dire ce genre de choses, la cohésion nationale en serait grandie, c'est moi qui vous le dit.

"Je suis si las des polémiques, des exclusives, des fanatismes ! Je puis entrer chez toi sans m’habiller d’un uniforme, sans me soumettre à la récitation d’un Coran, sans renoncer à quoi que ce soit de ma patrie intérieure. Auprès de toi je n’ai pas à me disculper, je n’ai pas à plaider, je n’ai pas à prouver ; je trouve la paix, comme à Tournus. Au-dessus de mes mots maladroits, au-dessus des raisonnements qui me peuvent tromper, tu considères en moi simplement l’Homme. Tu honores en moi l’ambassadeur de croyances, de coutumes, d’amours particulières. Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente. Tu m’interroges comme l’on interroge le voyageur. Moi qui éprouve, comme chacun, le besoin d’être reconnu, je me sens pur en toi et vais à toi. J’ai besoin d’aller là où je suis pur. Ce ne sont point mes formules ni mes démarches qui t’ont jamais instruit sur qui je suis. C’est l’acceptation de qui je suis qui t’a fait, au besoin, indulgent à ces démarches comme à ces formules. Je te sais gré de me recevoir tel que me voici. Qu’ai-je à faire d’un ami qui me juge ? Si j’accueille un ami à ma table, je le prie de s’asseoir, s’il boite, et ne lui demande pas de danser. Mon ami, j’ai besoin de toi comme d’un sommet où l’on respire ! J’ai besoin de m’accouder auprès de toi, une fois encore, sur les bords de la Saône, à la table d’une petite auberge de planches disjointes, et d’y inviter deux mariniers, en compagnie desquels nous trinquerons dans la paix d’un sourire semblable au jour. Si je combats encore je combattrai un peu pour toi. J’ai besoin de toi pour mieux croire en l’avènement de ce sourire. J’ai besoin de t’aider à vivre."

Déjà, ça durera moins longtemps. Il n'est pas question de nation, encore moins de nationalisme, il n'est pas question de se battre pour ses idées, pour son pays, ou pour son honneur. Les Français en sont repus. On nous apprend le chauvinisme dès l'école primaire. Nos cours d'Histoire de France sont des cours de glorification nationale. Inutile d'en rajouter des caisses avec ce pauvre Guy Môquet qui paya de sa vie pour des idées nobles, mais dans d'autres conditions que les nôtres. La liberté n'est plus menacée. Mais le peuple de france est égoïste. Ce qu'il lui faut, c'est enfin apprendre la fraternité. Et cette lettre de Saint-Ex y aidera. Peut-être.

Publié dans Grands mots

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