Itinéraire d'un cinéphage.

Publié le par Charlie SaintLaz

C'est vrai, je te parle beaucoup plus de cinéma que de n'importe quoi d'autre, ici. Pourtant, je suis encore novice. Magic Nico te le dira : il y a un nombre de perles du cinéma mondial que je n'ai pas encore vues, même que "c'est une honte, ma bonne dame !" (qu'il dit, des fois). Bon, cela dit, de temps en temps, j'arrive à l'épater avec des trouvailles, mais notre balance des je-te-fais-découvrir-un-truc-de-ouf-malade penche plutôt en sa faveur, avec des scores autour de 10 à 1.

 

Longtemps, le "cinoche" (j'étais ado ET provincial, je pouvais pas faire mieux) n'était qu'un divertissement servant à ma cousine Laure à planquer à nos grands-parents-qui-fliquaient-tout ses amours inavouables avec les pires racailles de notre bled : je m'asseyais seul au milieu de la salle, et à deux ou trois rangs derrière, elle apprenait à sculpter un chewing gum dans une bouche qui n'était pas la sienne avec sa langue. J'étais un loser, et une petite frustration - doublée d'un peu d'ignorance crasse - me faisait surtout prendre le cinéma pour un divertissement. Mes choix n'étaient pas particulièrement brillants : je voyais surtout ce qui avait de la grosse vedette américaine à l'affiche, plus dans le blockbuster et la comédie-française-ratée que dans le film d'auteur. Au demeurant, les films d'auteur n'étaient pas légion, dans notre ciné. Quand mes parents sont allés voir Le patient anglais, moi j'allais voir Le bossu de Notre-Dame, persuadé d'assister à un plus grand moment de ciné qu'eux. J'avais 12 ans, j'en menais clairement pas large. (et je ne te parle pas de l'acné qui me ravageait.)

Un peu plus tard, j'ai un peu compris le pouvoir sensatiogène du cinéma : je n'y suis pas beaucoup plus allé, mais je guettais ce qui passait chez nous. J'ai entamé ma période "films d'horreur" et "thrillers sataniques", qui m'a duré jusqu'au début du lycée. De ces années d'errance, il me reste des preuves qui n'ont pas de prix (mais beaucoup de couleur) : les tickets des cinémas qu'on fréquentait le plus (les Trois Normandy, à Argentan). Derrière quelques uns, j'ai inscrit les films que j'avais le plus aimés ... pêle-mêle Scream, Wishmaster (dont je n'ai AUCUN souvenir), La Neuvième Porte et ... Titanic (4 fois). Wesh gros, record de tous mes camarades et fierté. Passagère, toutefois, la fierté.Tickets2.jpg

J'avais une écriture de fille, ouais.

Il a fallu que j'entre au lycée pour comprendre que d'autres genres existaient, mais je n'y allais toujours pas plus souvent. On avait déménagé, passant d'une ville de 3 salles de ciné à une de plus de 25 salles : l'offre s'élargissait, pas mon esprit, et je restait confiné à des films grand public, mais avec des thématiques plus graves, déjà (la Shoah, les amours ambigües, la séduction, l'angoisse, les névroses)(tout un programme, oui ...). Quand Poupouche m'a traîné voir Ghost Dog, j'ai juré de ne plus jamais lui faire confiance. Je préférais Amen, Chicago ou Dogma. Et déjà, je me trouvais bien hype, d'aller voir ça. Théorie de l'iceberg.

C'est en arrivant sur Paris, en centrant mon master d'histoire des relations internationales sur les rapports franco-américains autour du cinéma, que j'ai développé un semblant de connaissances et de goût pour l'âge d'or hollywoodien, la Nouvelle Vague, le renouveau indé américain des seventies ... et que je suis parti à la conquête de ce qui allait devenir mon temple pour quelques années : les cinés du Quartier Latin. Etant à deux doigts de me faire tatouer I love Truffaut sur chaque joue (avant de réaliser qu'on pourrait me prendre pour un fana de jardinage), je me faisais une petite vingtaine de films par an, quelques uns restant des souvenirs à jamais (De battre mon coeur s'est arrêté vu avec Matou avant un coca en terrasse ou Le vent se lève, ma première fois aux Halles, je n'avais vu de salle de ciné aussi grande). Quelques films d'anticipation en bonne compagnie, et d'autres venus de n'importe où avec Cacahuète (Argentine, Suède, Corée, Afrique du Sud) et bam, je devenais soudain cinévore, à vouloir tout voir, tout tester, quitte à perdre pied avec la réalité pour savourer les platitudes et excellences du cinéma contemporain, pour n'en rien perdre, pour vivre autrement, ailleurs.

Here I am, cher lecteur énamouré : près de 100 films vus en salle par an. I'm in love with cinema. Et si t'es pas content, c'est pareil.

Publié dans Ciné

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