Je ne veux pas être une star.

Publié le par Charlie SaintLaz

La starisation transforme la perception de l'art.

 

J'ai toujours pensé que le rapport à l'oeuvre d'art devait être direct. Comme le rapport à Dieu. Parce que la perception esthétique relève de l'intime - en ce qu'elle fait intervenir la perception physique, qui n'est pas la même d'un individu à l'autre, autant que la perception mentale, liée aux souvenirs, aux idées, aux sentiments, etc. -, elle ne doit pas être influencée par une lentille améliorante ou dépréciative basée sur autre chose que l'oeuvre en elle-même. Autant, connaître les techniques de création pour apprécier le génie de l'auteur est une chose, autant le trouver sympa, séduisant ou bon père de famille en est une autre. Laquelle des deux est utile pour savourer vraiment une oeuvre d'art ?

Avec la starisation, il semble que ce soit la seconde. Dès lors que les médias sont devenus grand public, ils pouvaient parler de tel ou tel artiste, mais aussi le montrer, en savoir plus sur sa vie, et, de Paris Match à Perez Hilton, l'à-côté a peu à peu pris le dessus sur le génie. Un Christophe Maé sympa mais piètre musicien sera préféré à un Biolay génial mais antipathique. Suffit de voir les ventes. Ils sont nombreux, les artistes mis à l'index d'une société qui ne s'occupe plus de l'esthétique, mais de la sympathie : Céline le collabo, Cantat le meurtrier, Soan l'ingrat, Clavier l'UMP, Polnareff l'incorrect, Kassovitz l'iconoclaste, Diam's la musulmane... Quel que soit leur talent, bon ou mauvais artisan, ils se retrouvent pris dans le procès de ce qu'ils sont, et qui impacte la réalité de leur oeuvre. Le pire, ce sont évidemment tous ceux qui parviennent à protéger ou faire oublier leur vie privée, avec les tares et les hontes qu'elle recèle. Beethoven terrorisant son neveu, Hallyday le père indigne, Michael Jackson, Madonna ou Michel Onfray. Certains ont retourné leur veste pour se faire accepter (les Stones, par exemple) sans qu'on leur rappelle leurs erreurs passées, d'autres ont perdu le soutien du public pour quelques idées mal placées (Bardot, par exemple).

C'est donc, simplement, que la ferveur populaire en faveur d'un artiste ne tient plus au génie de son oeuvre dès lors qu'il paraît en public. C'est, à l'instant-même où il parle en public - à la télé, surtout -, son image qui prime, désormais. La célébrité ne valorise pas la création, mais l'attitude. Certes, la célébrité est le meilleur mode de publicité. Dans quel but ? Pousser à l'achat, évidemment. Mais n'achète-t-on pas parce qu'on connaît l'artiste, plus que par goût pour son oeuvre ? Je me demande.

Les théoriciens de l'art de tous bords diront que la sensibilité à l'art se travaille. Que connaître les techniques permet d'affiner sa perception de la génialité de l'oeuvre ou de l'exploit qu'elle représente. Dès lors, pourquoi s'attarder sur la sympathie de l'auteur, son physique, sa famille, ses habitudes ? Ne pas aimer Les amours imaginaires parce que Xavier Dolan est un saligaud égocentrique, n'est-ce pas un peu ridicule ? Y'a pas à dire, les gens t'aiment ou te détestent pour bien peu de choses. J'suis bien content de ne pas être une vedette.

 

Ce ne m'empêche pas de m'être inscrit aux Golden Blog Awards...

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