L'amour et la poussière (il faudrait faire)

Publié le par Charlie SaintLaz

Elle ne croyait pas si bien dire, Zazie, en 1995, dans cet Homme sweet homme aussi fragile qu'incrédule : l'amour et la poussière ont beaucoup en commun. Non pas dans leur nature, mais, incontestablement, dans leurs composés chimiques. Des particules de peau, de poils, de l'eau, de l'air, des polluants, des corps étrangers ... Emettons donc l'hypothèse suivante : l'amour et la poussière se génèrent mutuellement.

Couples

 

Je n'ai jamais été particulièrement doué pour les histoires d'amour : je les ai toutes tuées, involontairement. Faut dire que je m'y suis pris tard, que j'ai changé mon fusil d'épaule plusieurs fois, que j'ai pas toujours eu les idées claires, que j'ai beaucoup joué. Alors je me résigne, un peu. Je ne vais donc pas te faire de grand discours sur la chose, puisqu'il y a toujours un grand écart entre l'Idée et l'Expérience. Et si l'on m'y forçait, ce serait, justement, sur la dialectique entre l'amour et la poussière que je m'étendrais. D'un côté l'amour présent - appelons-le donc l'Amour -, aussi profondément viscéral qu'insondablement intellectuel, et à cause de cette double casquette, de cette double essence, indescriptible, ineffable, insaisissable. De l'autre l'absence d'amour - appelons ça la Poussière -, qu'il ait déjà été ou qu'il ait toujours manqué : la Poussière comme un écran aussi gris que pâle devant les yeux, à la surface de la peau, âpre sur la langue, aussi asphyxiante qu'insaisissable, et croit-on s'en être débarrassé qu'on en retrouve encore, qu'on en produit encore. Parce que l'Amour, quand il cesse ou qu'il vient à manquer, sèche et assèche, et se pulvérise dans l'air. Parce que l'état de Poussière est riche de tout ce qui s'est passé et terreau de ce qui adviendra, se laisse conquérir par les sentiments les plus simples et les plus doux.

 

Dusts

 

Tout ça, donc, pour parler un peu plus avec le coeur qu'avec la tête, pour transmettre davantage, peut-être.

Et surtout pour te présenter le travail magnifique du photographe Olivier Valsecchi, dont je suis tombé poussiéreusement amoureux (de son travail, pas du type), et dont je présente ci-dessus trois clichés issus de sa série Couples, et trois issus de Dust.

Publié dans La vie

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