L'épître aux Corinthiens (Pièce montée)

Publié le par Charlie

Je te promets d'arrêter bientôt de te raconter ce que tu pourras comprendre tout(e) seul(e) comme un(e) grand(e) en allant voir toi-même les films en salle (si tant est qu'ils passent dans ton trou paumé). Et pourtant, je ne résiste pas à l'envie de te parler d'un film dont les dialogues méritent à eux seuls qu'on se déplace en salle.

Tu es déjà allé à un mariage ? Ben si, rappelle-toi. Tu as déjà vu ô combien les mariés et leurs proches parents faisaient tout pour que tout se passe bien, et comment, en général, il y a des petits trucs qui tournent au vinaigre ? C'est un truc complètement barge. Une sorte de Loi de Murphy contre laquelle ben, tu peux toujours essayer de te débattre, rien n'y fait. En général, tu trouves ça terrible quand tu fais partie des organisateurs ... et hilarant si tu es juste un invité. Ben là, tu ne vas pas être déçu(e).

Piece-montee.jpgVincent (Jérémie Renier) et Bérangère (Clémence Poésy) sont jeunes, ils sont beaux et ... ils s'aiment. Pas de la même façon : Jérémie est un romantique, Bérangère une pragmatique. Ils se marient, entourés de leurs familles et amis, dans une petite église de campagne à la demande de Mady (Danielle Darrieux), la grand-mère de Bérangère. On est face aux traditionnelles petites joutes familiales : la guéguerre entre les mères des mariés, les rivalités entre frères et soeurs, la question du célibat ... et de la fidélité. Bérangère a deux soeurs (Julie Depardieu, le vilain petit canard, et Julie Gayet, psycho-rigide), une mère (Aurore Clément) un peu coincée, un père effacé, une tante (Charlotte de Turckheim) vieille fille frustrée et une grand-mère romantique. De son côté, Vincent a une soeur ayant une fille trisomique, un jeune frère qui a récupéré son ex, Nathalie (Louise Monot), une mère (Dominique Lavanant) ronchon par excellence ... Et je ne te parle pas des amis, parmi lesquels on va suivre en particulier Alexandre (Christophe Alevêque) et Hélène (Léa Drucker), qui sont au bord de la rupture. Rajoute à ça un curé fatigué de servir Dieu (Jean-Pierre Marielle), un peu d'alcool et beaucoup de rebondissements, et tu vois déjà se profiler les petites crises et leurs joyeux réglements de comptes.

Un peu comme l'avait fait Mariages !, de Valérie Guignabodet, Pièce montée ne désacralise pas le mariage : le film cherche simplement à le montrer tel qu'on le vit aujourd'hui. La cérémonie n'est qu'un rituel où la foi n'a plus vraiment sa place, la fête sert surtout de fête et de moyen de former de nouveaux couples ... ou de faire tomber les masques. Dans la plupart des mariages où je suis allé, il y a toujours eu une petite remise à niveau, une petite dispute ou le jet de quelques vérités qui, sans alcool ou sans l'ivresse de la fête, seraient sans doute gardées bien enfouies dans les mémoires. En vérité, les mariages font intervenir tellement de personnes de la famille qu'on est rapidement sous la pression des sentiments qu'ils nous inspirent, tant et si bien qu'on craque vite, et qu'on recrache tout à la figure de tous ceux qui le méritent. Mais quelle est, au fond, l'ensemble de valeurs que l'on accroche au mariage ? On le réduit souvent aux arrangements fiscaux et au petit symbole du mariage devant Dieu (comme ça, il est garant du truc, tu vois), mais qu'est-ce que le mariage face à l'amour ? Difficile.

Renier-Aleveque.jpgAutant Mariages ! s'était imposé comme la comédie sur les conceptions intellectuelles et sentimentales sur le mariage, autant Pièce montée s'intéresse davantage aux comportements de chacun le jour J : petites rivalités, parade vestimentaire, qui classer dans ses alliés ou parmi ses ennemis, et cet éternel jeu des apparences, pour que tout soit parfait, jusque sur les photos. Et on en rit. Vraiment, on en rit de bon coeur. Boh, en vrai, la réalisation sait se faire oublier : pas de grand plan incroyable, pas d'originalité flagrante : juste des images justes et des cadrages subtils qui te permettent de t'immiscer dans cette fête  en ayant vraiment l'impression d'y être. Du coup, le scénario compte : et il n'en loupe pas une. Dispute entre les mariés, non-dits, soupçons, langue-de-putage en règle, affrontement des mères, prêtre qui fout la merde, soeurs qui s'égratignent, amis qui trahissent des petits secrets ... Allez, tout y passe, ça ne choque pas. Et ça fait rire, je te dit. Les dialogues, concentré de petites phrases assassines et de vérités qui claquent, sont savoureux, tellement que -pour une fois- je n'ai pas eu le temps de les noter : ça fuse, ça fuse, ça fuse.

Je sais pas toi, mais entre Pièce Montée, Une petite zone de turbulences et L'Arnacoeur, j'ai presque de nouveau foi en la comédie à la française. On se décomplexe, et on donne une leçon à l'Amérique ?

Publié dans Ciné

Commenter cet article