L'inclassable (par) James Franco.

Publié le par Charlie SaintLaz

I saw the best minds of my generation destroyed by madness...

JamesFrancoUn acteur, un vrai, ose tout interpréter. Pas simplement la colère, la joie, la peur, en faisant des grimaces : la mythologie des cours de théâtre est bien superficielle par rapport à l'incroyable puissance expressive que l'on exige d'un bon acteur, tout en faisant que ça ait l'air, chez lui, parfaitement naturel. La tradition d el'acteur français fait qu'il peut difficilement sortir d'un registre. Outre-Atlantique, on ne vénèrera que ceux qui sont capables d'être excellents dans tous les domaines. Parmi eux, il y en a un qui a fait ses preuves au cours des années 2000 : James Franco. Il interprète des rôles aux antipodes les uns des autres, avec des réal aussi variés que Sam Raimi (Spiderman), Judd Apatow (En cloque, mode d'emploi) ou Gus van Sant (Harvey Milk), dans des films aussi différents que Dans la vallée d'Elah, Pineapple express, Crazy night, 127 heures, ou La planète des singes : les origines. Le tout, avec une classe et une humilité qui frisent le ... tombeur.

HowlLe 8 février, il sera à l'affiche de Howl, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Un film inclassable, entre documentaire, biopic et film d'animation. Un film qui peut rappeler Valse avec Bachir, mais qui en est à des kilomètres. La version film indé à l'américaine. La version Sundance.

Howl parle du poème éponyme, composé en 1955 par Allen Ginsberg. Ce poème (lisible ici) valut à son éditeur un procès pour obscénité, dont il sortit blanchi. Ce qui se joue, dans ce film, c'est donc à la fois les minutes du procès, le contenu du poème, la société qui le reçoit et le contexte créatif qui l'a vu naître, donc une petite part de la vie et de la personnalité de Ginsberg himself. On voit donc des scènes de tribunal -dignes des plus grandes séries US, léchées, brillantes, épiques- mêlées à des scènes de biopic -caméra à l'épaule, lumières saturées- mêlées à des documents d'époque (photos, journaux) mêlées à des scènes d'animation illustrant le propos du poème. Le tout est décousu sans l'être vraiment, mais l'on perd tout de même le fil du poème, le fil de son discours d'artiste ... heureusement, on garde celui du procès. C'est un film très dense, faisant appel à l'intellect. Le sensible est trop léger, trop disparate. Il s'agit là d'un art, d'une littérature pensés, conceptualisés, ne laissant, au final, que peu de place à la richesse évocatrice, à la frénésie sensorielle de la poésie de cette Beat Generation confrontée à une réalité difficile. Dans le tas, Franco s'en sort avec une belle interprétation - maniérée, habitée, inspirée - mais le film l'écrase, mais Ginsberg ne nous apparaît pas plus proche, pas plus à notre portée. On croit juste avoir vu le procès des mots bordéliques d'un outsider hanté par ses expériences et gêné par son inadéquation à la société qui l'entoure. Alors qu'il y avait, sans aucun doute, la possibilité d'en faire un type génial. Rageant. Décevant.

Publié dans Ciné

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