L'insoutenable légèreté de l'être

Publié le par Charlie

Toi qui a vécu des milliers d'histoires d'amour, qui a rencontré des gens très différents, qui a tout testé ... Toi qui a une vision périphérique de l'amour, sans forcément en dénouer les détails ou en théoriser les pratiques ... A toi, aussi, qui est simplement doté de bon sens et d'un minimum de compassion* ... Parlons de légèreté.

Attention, spoiler ...
Je suis allé voir (500) Days of Summer. Naissance, vie et mort d'une relation sentimentale. Mais ce n'est pas une histoire d'amour, non. Tom est un romantique : ses sentiments, il veut les laisser s'épanouir naturellement, sans réfléchir. Grands, petits, aveugles, il les exprime comme ils viennent. Summer est pragmatique : elle refuse l'engagement qu'elle voit comme une étiquette, veut vivre les choses qui lui plaisent, qui l'arrangent. Quand ils se trouvent, Tom est angoissé : il veut qu'elle ressente la même intensité que lui. Summer y voit un jeu, une passade : elle refuse d'entendre parler de couple, se laisse peu aller à la confidence sur ce qu'elle ressent. Lorsqu'ils se séparent, Tom est dévasté, Summer est affranchie. Et lorsqu'ils se recroisent, la Summer-qui-refuse-l'engagement est sur le point de se marier. D'où le dialogue suivant :

Tom : You didn't want to be named as someone's girlfriend, and now you're someone's wife?
Summer : I woke up one morning and I just knew.
Tom : Knew what ?
Summer : What I was never sure of with you.

Voilà le truc. Une gifle, pimbêche. Comment ne pas se sentir utilisé, quand on est dans le cas de Tom ? On donne tout ce qu'on a, on reçoit peu, ou pas assez (toute exigence étant estimée légitime, hein, ne partons pas dans des cas scabreux), et en retour ... ce qu'on a donné, l'autre ira en profiter avec quelqu'un d'autre. Innommable. Ecoeurant.


Reprenons les cas, un par un, des protagonistes.

Une des solutions aurait sans doute été de ne pas insister dès le départ. Quand Summer dit à Tom "je ne veux pas m'engager" alors que Tom le veut, lui, alors il devrait passer son chemin. Ca vaut aussi pour "On y va mollo", "On fait les choses tranquillement", "Toi et moi, ça se fera petit à petit". Ces Summers sont simplement incapables, dans l'immédiat, de créer la moindre relation. Ils freinent la relation dès son commencement : ils ne sont tout simplement pas plus tentés que ça de rentrer dans une relation. Insister, c'est donc déjà prendre un risque. Et Tom le prend parce qu'il croit que Summer en vaut la peine. Alors que souvent, cette petite phrase, "On y va doucement" est d'une rare clairvoyance implicite. Elle veut dire "Ne nous précipitons pas, parce qu'en fait, j'ai pas vraiment envie de te garder longtemps". Parce que si, au fond d'elle, Summer désirait vraiment faire un bout d'allée de camping avec Tom, ce genre de petite phrase ne lui viendrait pas à l'esprit : elle se laisserait aller, tout simplement. La légèreté affirmée comme projet de vie sentimentale, c'est un aveu de faiblesse.. Tom peut légitimement se frustrer de n'engendrer que cette petite phrase, au début. Parce qu'elle veut dire "Comportons-nous comme des potes, on verra si l'équation (amitié + cul) x temps = relation solide". Après, cette faiblesse n'est pas à blâmer : Summer finira bien par se réveiller. Mais que ceux qui sont davantage prêts à s'investir n'en paient pas les frais. Et encore moins a posteriori. C'est du bon sens. Tom, change de cible !

L'autre hic, dans ce bourbier, c'est Tom, justement. Le romantique, là. Dans son cas, c'est différent. Il y a un tel manque affectif et un tel espoir basé sur la relation qui s'annonce qu'il est impatient. Et moins il reçoit, dans la relation, plus il est en manque, par un simple effet mécanique lié à l'écart qui grandit. Il est tellement sûr que celle/celui qui est en face est la personne idéale pour faire un bout de chemin qu'il parvient à éluder tous les obstacles que l'autre lui oppose afin d'atteindre rapidement son coeur. Grossière erreur, parce qu'en général, le coeur en question ne bat pas pour lui. Dur. Tom donne. Tout, et sans concession. Summer prend, trie, jette parfois. Mais Summer en profite, quand Tom n'en profite pas.

Pour la route :
Tom : What happens when you fall in love?
Summer : You believe in that?
Tom : It's love, it's not Santa Claus.

Ce petit jeu dure jusqu'à ce que Summer se soit lassée de recevoir sans avoir plus envie de donner que ça, ou jusqu'à ce que Tom se lasse de donner dans le vide sans rien recevoir. D'où une amère conclusion : une relation, c'est du donnant-donnant. (500) Days of Summer en fait le constat.
(Appelez-moi Tom. On est faits pareil.)

* Tu sais, ce truc qui fait que tu te mets à la place de l'autre, en pensant comme elle/lui, en réfléchissant selon ses objectifs, ses attentes, ses mécanismes ... La compassion ... compatir : "souffrir avec". Ca, comme le bon sens, une des choses les moins bien partagées sur cette planète.

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