La différence entre simplicité et simplisme.

Publié le par Charlie SaintLaz

Définitions de mon GLI* chéri :

simplicité : caractère de ce qui est simple.

simplisme : tendance à simplifier de manière excessive.

=> La différence porte donc davantage sur l'ampleur du phénomène que sur sa nature. On ne peut donc pas accuser le processus, mais condamner le résultat. Pourquoi ? Parce que faire dans la simplicité relève - de nos jours - du bon goût, quand faire faire dans le simplisme revient à abrutir les masses, voire à les prendre pour des imbéciles et ça, c'est pas bien, pas bien du tout du tout. Mais pourquoi je te parle de ça ?

 

Au centre Georges Pompidou, à Paris, se tient actuellement l'exposition consacrée à l'oeuvre de François Morellet, artiste de la forme simple et de son évolution, à observer sans malice, avec attention, et un peu d'innocence enfantine. Et ?

portrait francois morellet rgb

Voici François. Attention, malgré les apparences, cet homme n'a pas inventé le carreau.

 

Tu vois, on aborde souvent la forme d'une certaine façon, et cette forme est inscrite dans notre mémoire dans sa version la plus parfaite : un cercle est - évidemment - parfaitement rond,

il est à plat, il est en deux dimensions, tout comme un carré r

epose sur une de ses bases, et un losange est un losange, pas un carré penché. On distingue tous les côtés, tous les traits, leurs directions, et si leur taille est variable, la forme ne change pas. Mieux : on analyse l'espace au travers de ces formes, on les dissèque en géométrie du primaire au lycée, et ce n'est que tardivement (en terminale, notamment) qu'on les envisage enfin dans l'espace, comme pouvant bouger, tourner, avoir une profondeur. Mais en aucun cas elles ne se disloquent.

88055_1297085694_francois-morellet-04_644x420p.jpg

François Morellet fait partie de ceux qui veulent jouer de ces formes. Un principe facile, tu crois ? Sans doute. Le dénuement relatif de ses installations soumet la forme pure à l'imagination : et si l'on inclinait l'espace de 5 degrés ? Et si les formes qui existent n'étaient pas, pour autant, visibles tout le temps ? Et si elles se disloquaient, justement ? Et si, en se déplaçant, on recréait l'illusion de leur perfection ? Et si l'espace permettait de faire souffrir ces formes, de les déformer, de les rendres imparfaites dans leur perception, alors qu'elles sont, au départ, parfaites ? Tu vois, il suffit parfois de se poser des questions, de la plus simple à la plus audacieuse (youhou, que d'audace ...), pour que la démarche entre au panthéon des arts ... ou du moins, que la reconnaissance des élites passe à la consécration muséale.

Les-neons-de-Francois-Morellet.jpg

Je suis fans de néons, ça tu le savais déjà. Morellet a beaucoup travaillé avec, mais pas seulement. Le résultat est intéressant : le néon impose une certaine épuration de l'oeuvre (pour ne pas ressembler à une enseigne tokyoïte) et François s'en sort vraiment bien. Une vraie simplicité, efficace, percutante pour qui se laisse gagner par la démarche de l'auteur. 26 réinstallations peuplent le Centre, suffisamment pour que le spectateur ait du recul et de quoi s'évader dans chaque oeuvre ... sauf que, bien entendu, tu fais l'expo en 15 minutes chrono.

88055_1297085571_francois-morellet-02.jpg

 

Certains parleront d'intéractivité des installations, moi je dis qu'on frôle une expo à la mode Cité des Sciences, pôle enfants. L'intéractivité se résume à appuyer sur des boutons ou tirer sur un levier, de la sorte, le spectateur fait évoluer l'oeuvre à son rythme. Autant dire que j'ai plus de sensations fortes quand je touille une sauce aurore dans ma casseroles, côté "transformations d'éléments simples". Tiens, à gauche, là, c'est le résultat de la transformation du reflet dans l'eau d'une grille de néons lorsqu'on actionne un levier faisant bouger la surface de l'eau. Pardon François, mais nul besoin de toi pour observer ce phénomène : les flaques d'eau, on connaît. Un manifeste aurait suffit.

0124-Francois-Morellet-2-trames-de-neons-1972-600x450C'est pourquoi je te parle de simplisme. Je ne remet pas en doute le caractère très séduisant de ces formes pures mises en valeur, détournées, transformées, éclairées : le travail de Morellet est indéniablement évocateur, riches en énergies et en sentiments provoqués. Mais la mise en scène des installations par l'artiste lui-même a aseptisé l'ensemble. Cette expo est froide, brutale, sans confort alors que ces formes nettes, qui plairaient à un geek, envahissent l'espace. Les notices d'exposition, minimalistes, sont à peine visibles. Le texte te décrit l'oeuvre (comme si l'on était pas assez pas malins pour voir) sans donner la perspective de l'auteur : description sans analyse, mauvais choix quand il est question d'art contemporain. A vouloir faire dans le simple, le nu, l'épuré, Morellet, dont l'oeuvre riche est derrière lui, fait dans le simplisme, dans le puéril, dans le degré zéro de l'expo. Et moi, ça m'ennuie, parce que j'aime bien les néons.

 

Réinstallations

François Morellet

 

 

Centre National d'Art Contemporain Georges Pompidou

jusqu'au 2 juillet 2011

 

Infos/Résa : le site de l'expo.

 

* Grand Larousse Illustré, ou "dico-adoré-en-3-tomes".

Publié dans Tendance

Commenter cet article