La tête et les jambes ... ou presque.

Publié le par Charlie SaintLaz

Tu préfères ne pas avoir toute ta tête ou pas de jambes du tout ?

A la question du handicap, je ne réponds plus par "compassion", mais par "adaptation". D'une parce que la victimisation des handicapés est une insulte à leur honneur (on peut s'en occuper sans apitoiement, et d'expérience, ils détestent la pitié). De deux, parce que le handicap est, en vérité, une chance de se singulariser, si le sujet a assez de courage et de volonté pour avancer. Et je m'adresse à la fois aux handicapés ET à leur entourage. L'adaptation, donc, c'est la seule solution (et l'homme est une créature adaptable par nature, cf Darwin), mais c'est, bien entendu, une question de cas par cas, vu qu'on ne peut pas proposer la même idée à un tétraplégique et à un sourd. Par exemple, tant qu'il y a possibilité de mobilité, même partielle, je parle toujours de la danse comme d'un remède miraculeux. Non pas qu'elle guérisse physiquement le handicap, non non, mais, au moins, elle permet d'appréhender et de prendre plaisir à habiter son corps. Mieux : la danse permet d'apprendre à le connaître, à l'utiliser mieux. Alors, oui, c'est vrai, ça ne se fera pas en deux semaines, ça ne se fera sans doute pas en deux ans non plus, tout dépend de ce qui manque : comme pour le reste, plus tu y auras recours tôt, et plus tu seras patient, mieux tu en profiteras par la suite.

La question de la déficience physique est évidemment au coeur de la réflexion et de la création du danseur. Récemment, Franck me relayait, par le biais de son site 1jour1sourire (un truc plutôt chouette), l'histoire d'une Indienne ayant perdu un bras se lançant à corps perdu dans la danse, et entraînant dans son sillon un garçon ayant perdu une jambe. Il y aurait de quoi rire (surtout vu la manière dont l'histoire est racontée), mais il y aurait surtout de quoi regarder : leur danse en est particulièrement enrichie. Ca m'a rappelé, entre autres, DV8, le Physical Theater du Britannique Lloyd Newson, en particulier leur Cost of Living, court métrage en forme de plaidoyer brillant incitant le spectateur à changer de regard sur le handicap, grâce à la personnalité et au travail d'un des performeurs qui n'a plus de ... jambes. Je ne résiste pas à t'en filer quelques extraits.

 

Comment danser avec ce qu'on appelle, sans classe aucune, un cul de jatte ? Watch this.

Ca fait quoi de danser sans jambes ? Ca t'explose tes préjugés.
Je me permets d'être virulent à l'encontre des handicapés parce que j'en suis un, parce que je sais ce qu'on ressent, parce qu'ils ne doivent en aucun cas s'apitoyer sur ce qui leur arrive. Oui, la vie est un combat. Un combat contre ses limites (comme tout le monde, en fait), un combat contre la société qui diminue ses handicapés plus qu'ils ne le sont déjà, un combat contre les préjugés. Oui, ce combat est dur, long, insidieux, déprimant, et non, tout le monde n'est pas armé pareil pour combattre. Mais si tu renonces, alors tu ne vaux pas mieux que ceux qui t'oppriment, parce que tu joues selon leurs règles.
Courage : la lumière est au bout du chemin.
Je te reparlerai de DV8 tout bientôt, pour d'autres raisons. Wait and see.

Publié dans Danse

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