7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 10:44
Hier soir, c'était encore une succession de grands événements dans la vie d'un homme. Encore une progression, encore des conquêtes sur le terrain de l'accomplissement, de nouveaux outils pour élaborer l'armature de son existence ...

Bref.
1) J'ai enfin décidé d'arrêter de me ruiner en cinoche en passant le cap de la carte UGC. Ma seule réticence, jusque là, était que mes petits cinémas de quartier (le Pasquier St Lazare, le Cinéma des Cinéastes, les 5 Caumartin, ...) ne prenaient pas ladite carte. Sauf que ... c'est chose faite, maintenant. Avec, encore en plus en plus, la plupart des salles cinéphiles du Quartier Latin. Joie. Bon, je ne te parle pas de la tête pitoyable que j'ai sur la photo ... pas rasé, tout brillant, et avec le sourire le plus laid de l'histoire du sourire. Ca va faire rire ...
2) J'ai rencontré mon premier contact-que-je-ne-connais-que-par-Twitter. MisterPurpleEye. C'était marrant et sympa !
3) J'ai fait la queue pour la première fois pour rentrer dans une salle de ciné. APRES avoir payé, oui. Parisian style, quoi.

ShutterIsland.jpgTout ça pour dire que je suis allé voir Shutter Island.
Des critiques, j'en avais lues un paquet. Des ultra-positives, des un peu lassées ... Pas gagné d'avance, quoi. Pourtant, la presse ne cessait de crier au génie, et chez Vodkaster, au moins deux voix relayaient cette idée. Du grand spectacle, du film absolu, de la claque ... En même temps, une claque, si c'est marquant, c'est aussi un moment désagréable, après. Alors ? Moi, le tandem Scorsese/DiCaprio, j'en pensais pas que du bien (Gangs of New York), mais j'en attendais beaucoup (Les infiltrés). Pas déçu. Voilà pourquoi.

Shutter Island, c'est l'histoire (adaptée du roman de Dennis Lehane) de Teddy Daniels, marshal envoyé enquêter sur la disparition de Rachel Solando, une prisonnière évadée du centre de Shutter Island où sont enfermés les meurtriers psychiatriquement atteints. Sauf que Teddy va découvrir peu à peu qu'il n'est pas complètement étranger à cette île-prison ... Bloqué sur l'île par une tempête tout droit venue des Enfers, Teddy plonge dans l'univers de la folie, dans ses silences, dans ses secrets, dans ses méandres flippants et pleins de retournements de situation.

BordDeMer.jpgMartin Scorsese, dans ce film, fait preuve d'un talent de cinéaste absolument incroyable. Par la technique, d'abord : on en prend plein la figure (et pas seulement parce que j'étais au deuxième rang devant un écran gigantesque ...). Ces mouvements de caméra, liftés, tournants, plongeants, caressants, sont juste saisissants. Les images qu'il réalise sur les bords de mer, avec ces falaises à pic, la roche claire sur l'eau sombre, te prennent aux tripes. Images prises du ciel, travellings suivis, caméra suspendue, cadrages percutants ... Ce type maîtrise la caméra, sa puissance révélatrice, il est d'une richesse technique absolument ahurissante, et visuellement, c'est tout bonnement ... à couper le souffle. Mais il n'y a pas que la technique : il y a aussi l'esthétique. L'imaginaire développé par Scorsese dans ce film tient du spectaculaire. La richesse visuelle est infiniment décuplée. Quelle scène superbe que celle où Daniels et son DoloresDisappears.jpgacolyte Aule se réfugient dans le mausolée du cimetière abandonné lors de l'ouragan ! L'eau, le vent, le son, l'action, la prise de vue ... il n'y a rien qui fait défaut, ici. Tout semble calibré, tout est ciselé, à l'image près, c'est simplement inimaginable. Traitant des thèmes comme la folie, la suspicion, l'anormalité, la peur, le passé, la découverte, Scorsese nous gratifie de scènes si fortes qu'à aucun moment tu ne peux ressentir d'ennui ou de déception. L'Allemand baignant dans son sang, les feuilles volantes, en plongée complète ... Le regard de cette femmes décharnée dont les yeux te pénètrent ... La déliquescence de Dolores ... A noter, d'ailleurs, l'utilisation de l'eau par Scorsese : elle est l'incarnation de la mémoire, de la pensée, de l'esprit peut-être ? Bref, c'est magnifique.

Teddy-copie-1.jpgLeonardo Dicaprio, dont on pouvait espérer beaucoup parce qu'il a indéniablement du talent, ce petit, dans tous les registres (et Revolutionary road nous l'a encore prouvé l'été dernier). Dans Shutter Island, il fait mouche. Ce Teddy Daniels qu'il incarne est un inspecteur qui flaire la suspicion. Il découvre les lieux en sentant déjà la folie qui transpire des murs, la schizophrénie de l'île, les dangers, l'anormal. Il est instinctif, impitoyable, troublé par ce qu'il voit, ce qu'il entend ... et, hanté par ses propres démons (la libération de Dachau, la mort de Dolores, la violence physique ...), il tourne et retourne dans son esprit les situations, les comportements, les gens. DiCaprio est, dans ce film, un excellent acteur.

Quel dommage que le scénario soit si long ... et le film, du coup, dure près de 2h30. La musique, ce n'est pas ça (même si, bon, Mahler, c'est joli ...), les dialogues, en manquant de finesse, laissent à l'image tout le boulot ... C'est plaisant, mais pas non plus exceptionnel.

Au demeurant, chapeau, M. Scorsese. You're the master, devant tous les autres.

Partager cet article

Published by Charlie - dans Ciné
commenter cet article

commentaires

elliot 10/03/2010


Ah ouais, alors moi je suis passé complétement à coté du film.
Le réalisateur a pris moins 10  dans mon panthéon de metteurs en scène.
et Léonardo , le veau !!! il joue tellement mal.
M'enfin vala
Sincèrement votre


Régis 17/03/2010


En parlant de Grand Retournement ce dernier est de retour, avec de nouvelles vidéos à découvrir sur http://www.legrandretournement.com


Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog