Le monde de Charlie

Publié le par Charlie SaintLaz

C'est pas facile tous les jours.

Y'a toujours un moment où tu te dis que ta vie est moche. Toujours. Si si, rappelle-toi ce moment étrange à Noël où le ciel t'est encore tombé sur la tête... Ce à quoi tu ne penses pas, c'est qu'on n'a pas tous le même ciel qui tombe, ni la même force de caractère pour gérer le bordel de nuages qui traîne par terre après.

Prenons l'exemple de Charlie (toute ressemblance avec un auteur de blog célèbre est fortuite). Charlie entre au lycée (c'est un freshmen) avec l'espoir de tout recommencer - il a l'air d'avoir passé un collège pourri, genre vraiment pourri. Nouveau, intimidé, sensible, il n'arrive pas à se faire de copains, jusqu'à ce qu'il rencontre Patrick, un illuminé de terminale, et Sam, une jolie fille de terminale, qui vont l'intégrer à leur bande de misfits pour lui faire découvrir la fête, la musique, l'amour... Mais Charlie est encore hanté par les souvenirs, diffus, de sa tante Helen disparue quand il était môme. Les enfants traumatisés font les meilleurs adolescents au cinéma, pas vrai ?

People accept the love they think they deserve.


le-monde-de-charliejpg.jpgL'auteur, scénariste et réalisateur du Monde de Charlie, c'est Stephen Chbosky. Et comme personne ne sait vraiment qui c'est, je passerai à la suite. La photographie est superbe : vive, colorée, lumineuse, avec des cadrages soignés, classiques, efficaces. Le montage sait se faire oublier : ni réelles longueurs (sinon celles qui insistent sur l'éternité ressentie de certains moments), ni ellipses qui nous font perdre le fil. On ne lâche pas le film une seconde, on le dévore, on le boit, se laissant entraîner par les personnages et leurs relations, amicales, amoureuses, sensibles et sensuelles. Impressionnant.

Mais c'est un film, on va donc s'extasier sur les interprètes. Nous voici face à un trio d'une justesse fabuleuse, enivrante, composée de Logan Lerman (qui fit Percy Jackson en 2010), Ezra Miller (qui donnait froid dans le dos dans We need to talk about Kevin) et Emma Watson (sortie de son image de bonne gosse dans Harry Potter). Logan Lerman donne à Charlie ses traits ronds d'enfant entrain de grandir et sa grande richesse de jeu. Le regard tendre qu'il pose peu à peu sur Sam, son besoin d'amour et d'amis, sa conscience de sa fragilité en font un personnage attachant, que Lerman (qui devrait tourner beau gosse d'ici quelques années) sublime avec finesse et fermeté : il est archi-crédible, ce qui aide le film à avancer sans dégoûter le spectateur sur cette chronique adolescente. Ezra Miller, avec son visage long et son regard acéré, le cheveu long au vent, donne à Patrick l'étoffe d'un battant, d'un militant au nom de la différence, davantage par son attitude, provocante, effrontée, vraie fuite en avant pour ne pas être écrasé par le poids de ce qu'il est, que par son discours. S'il était intense et percutant dans We need to talk..., Miller livre ici une performance exubérante et essoufflée qui marque l'intrigue et le spectateur : le second rôle - celui du meilleur ami - ne passe pas au second plan. Enfin, Emma Watson est Sam. Une fille loin du modèle de la youhou-girl américaine : une fille magnifique, à la beauté solaire qui explose à l'écran, une fille underground, mélomane, sensible, amoureuse, fragile. Une amie, une vraie, qui parle et écoute,... on est loin de la Hermione sympathique et jolie d'Harry Potter : Watson s'offre désormais des rôles de fille émancipée, habités, puissants. On sort de la salle avec son regard et ses gestes sublimes, hypnotisés par l'image que le réalisateur a capturée d'elle. Merveilleux.

Rajoute à ça quelques seconds rôles (Paul Rudd en prof de lettres encourageant, Mae Whitman en copine gothico-bouddhiste) aussi justes que le trio de têtes d'affiche, et tu as un film à ne surtout pas rater.

Publié dans Ciné

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