Le mot et la chose (Le Prénom)

Publié le par Charlie SaintLaz

Tu vas te faire appeler Arthur.

On a parfois une histoire un poil compliquée avec son prénom. Entre 12 et 20 ans, j'ai détesté le mien. Tout ce qu'il représentait. Une forme de bourgeoisie de province assumée, un rêve d'aristocratie inatteignable, la volonté d'une apparence toute dorée pour masquer et distraire de toute la misère psychologique qui était la nôtre. Un truc qui représentait bien mes parents, leur idéal, leur mode de vie, mais qui n'était pas le mien (je me construisais entre un anticonformisme bo-bo-bac-à-sable et une crise d'ado j'aime rien basique). Depuis, tout le monde me connaît sous un prénom qui n'est pas tout à fait le mien. J'ai continué à construire autour de cette nouvelle identité un truc qui m'extrayait du milieu familial toxique dans lequel j'ai poussé, mais aujourd'hui, crise identitaire en phase terminale ou nostalgie d'une enfance miraculeuse fantasmée, je considère ce prénom inscrit sur ma carte d'identité avec davantage de tendresse. J'en viens même à apprécier qu'on m'appelle par mon vrai prénom. Un truc étrange. Mais étonnamment bienfaisant.

Prenom.jpgSi je te parle de ça, c'est qu'Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte ont livré dans ton ciné préféré un film justement intitulé Le Prénom. Vincent va être papa d'un petit garçon. Un soir, il retrouve sa soeur Babou, son beauf Pierre et leur ami d'enfance Claude pour dîner. Entre deux vannes et deux regards lourds de sens, Vincent annonce le prénom qu'ils ont choisi, avec Anna. Et là, c'est le drame : le prénom est très particulier. Pierre, très intellectuel-de-gauche, et Vincent, plutôt parvenu-de-droite, s'affrontent : choisit-on un prénom pour soi ou pour son enfant ? Pour le cercle privé ou dans un cadre social ? Et celui-là, ne posera-t-il pas, justement, de gros problèmes ? Question palpitante... et déchirante. Voilà nos convives prêts à toutes les joutes, comme dans toutes les familles ... Sauf qu'en général, on en garde sous le coude, parce que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Mais là, on va tout se balancer ... quitte à faire voler les façades en éclat et à se révéler des trucs tus depuis longtemps. On dirait mes derniers repas de Noël.

Alors ? Si, au début, les personnages sont campés de façon un peu caricaturale, on oublie peu à peu les clichés et on les intègre comme tels. Patrick Bruel est vraiment excellent en Vincent, Charles Berling hyper convaincant en Pierre, Guillaume de Tonquédec est brillant en Claude, et Valérie Benguigui parfaite en Babou, effacée (sauf quand elle s'énerve. Là... Bref.). Le film est un huis-clos, plein d'engueulades qui fusent, bourré de références littéraires et de jeux de mots plutôt fins, très parisien dans l'esprit, sans doute un peu trop intello (amateurs de gags, fuyez !). Je m'attendais un peu à ce que le film fasse une petite ellipse temporelle durant laquelle le prénom aurait été révélé, entretenant le suspense jusqu'au bout. Au lieu de ça, il est révélé au premier tiers du film, et ne sert que de prétexte pour une série d'attaques-revanches entre 3,5 personnages (le 4e est plutôt passif)(mais cinglant) qui ont des petits secrets vieux de près de 30 ans, que le scénario amène parfois comme un cheveu sur la soupe.

Le bilan est donc plutôt positif, mais pour un film adapté d'une pièce, il manque quand même plein de trucs. Et après le brillant Carnage de Polanski, l'art du huis-clos au ciné devient risqué, risquant la comparaison.

 

Sinon, en parlant du 'mot' et de la 'chose', il y a un excellent poème de l'abbé de Lattaignant, un poil plus coquin, mais particulièrement savoureux.

Publié dans Ciné

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