Les lèvres rouges de rêves roses.

Publié le par Charlie SaintLaz

Appelle-la Gêne.

Fans de la Star Ac', de The Voice, de Maxim Nucci et de la bonne pop française qu'on-pensait-pas-qu'elle-viendrait-de-là, soyez heureux : Jenifer est de retour. Elle continue visiblement à tisser son bordel pop-rock-variétoche lumineux, très calibré, assez acidulé pour passer sur TF1 et assez pêchu pour démonter le public sur scène ; la preuve avec Les jours électriques... Sauf que... un peu comme pour Tourner la page, on ne capte pas grand choses aux paroles. Time for a commentaire composé.

Avant toute tentative d'explication, faut préciser que le nouveau concept d'écriture, c'est le développement d'une idée sans la réfléchir linéairement. On juxtapose donc, d'un couplet à l'autre ou d'une ligne à la suivante, des bribes de réflexion, de préférence retouchées à coup de figures de style, sans livrer les liens logiques. Le tout pour "créer une ambiance intellectuelle et sensible" plutôt que pour dire vraiment ce qu'on pense. La fumée plutôt que le feu, c'est le signe d'une génération qui ne veut plus réfléchir, juste ressentir. Alors, Jen, ces Jours électriques ? Ben, Jen révèle des origines normandes : elle sait pas ce qu'elle veut. Ecoute un peu :

 

On se regarde à peine. C'est sensitif... c'est sans raison. Aucun anathème.

"On s'ignore, juste comme ça, sans raison, rien de dramatique." Jusque là, ça va. Note quand même ce "C'est sensitif, c'est sans raison" : juste les sens, pas de réflexion. C'est tout comme je te disais dans le préambule. Bref : Jen et sa moitié sont tombés dans l'apathie du couple. C'est triste, mais c'est pas grave. (Qui utilise encore le mot "anathème", sinon Mgr Barbarin ?)

 

Tu as les lèvres rouges de rêves roses. Je mets du rouge à lèvres. Au fond de tes pupilles luit

1) Monsieur a la libido qui frétille ("rêves roses" = fantasmes / "lèvres rouges" = engorgé de désir) Elle s'éclate, quand même, Jen, dans son écriture, mais faut un bac+3 en lettres pour suivre. 2) Madame est en phase de séduction (et joue un peu sur les sonorités, genre "j'ai un bac+3 en lettres") 3) Manque la fin, ça n'a pas de sens. Ou alors, faut un bac+5, peut-être. Ah, attends :

la fièvre d'être à deux, la flamme et le feu. Sur un incendie, je souffle.

Oui, c'est plus clair. Quelle idée, aussi, de découper ses phrases n'importe comment... Donc : 1) Monsieur a envie de s'éclater en couple (la flamme de l'amour / le feu de la passion, tout ça) 3) Madame souffle. Soit c'est pour l'éteindre, soit c'est pour l'attiser. Ou alors, elle est rassurée. On sait pas. Personne ne sait. Mais en tout cas, elle souffle.

 

Au diable les enfers au paradis de l'amour ! Je suis libre et légère, tu seras pendu à mon cou !

Le feu, la flamme, le diable, le paradis : Madame n'a pas envie de céder à la passion dévorante, elle veut le paradis de l'amour, un truc doux, cotonneux, tendre, donc un peu chiant. Mais comme elle est "libre et légère", elle fait ce qu'elle veut, et de toute façon, Monsieur n'en pourra plus.

Adieu les enfers au paradis de l'amour ! Je suis libre et légère, je foutrai tout en l'air !

"Adieu", "je suis libre", "je foutrai tout en l'air" : le champ lexical de la rupture. C'est ce que je te disais : Jen sait pas ce qu'elle veut : rester sans coucher ou partir. Ptet ben qu'oui, ptet ben qu'non. Une vraie Normande.

 

Il n'y a pas de trêve. Le coeur est la raison. Les allers-retours des sensations.

Elle le dit : elle ne comprend pas elle-même ce qu'elle ressent. A force de ne pas intellectualiser les "sensations", aussi... Ca change tout le temps, c'est une indécise chronique, elle doit être chiante au quotidien, tu m'étonnes que Monsieur la regarde à peine, cette folle.

Un jour à l'Est, un jour à l'Ouest, tous les jours sont électriques.

Non, Jen, éClectiques, pas électRiques. Quand y'a un peu de tout, c'est éclectique. Electrique, c'est quand il y a du courant. Même si le courant peut être alternatif, comme ta prise de décision, mais on peut pas faire un tel raccourci. Tu dois être à l'Ouest. Genre complètement, hein, pas qu'un jour sur deux.

 

Bref, elle est perdue-perdue. Ce genre d'écriture, ça change quand même rudement des pseudos lettreux qui dépriment (hein, Benjamin Biolay ?), de ceux qui sont transparents mais qui ne racontent rien (hein Vincent Delerm ?) mais aussi de ceux qui font juste ouhouhou yeah-yeah. C'est que Jen, elle sait s'entourer de gens qui savent écrire dans l'air du temps. Moi je l'aime bien, parce que quand elle déprime, elle danse.

Publié dans Sons

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