Montpensier vs Valois

Publié le par Charlie

Tu sais bien, maintenant, à quel point je peux me barrer dans des envolées lyriques frisant le ridicule dès qu'un truc me plaît. Le meilleur film de tous les temps, selon moi, c'est La Reine Margot, de Patrice Chéreau, avec Isabelle Adjani (que je n'arrive plus à voir, d'ailleurs, dans autre chose, depuis)(même au théâtre, j'ai cru revivre Margot mais avec l'histoire de Mary Stuart).

 

Bref. Bertrand Tavernier a sorti ce mercredi son nouveau film, La princesse de Montpensier, avec Mélanie Thierry, et vu que les deux films se croisent, j'ai pas pu m'empêcher de les rapprocher.

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Pourquoi ?

Ben ça se passe à la même période : 1567-1572 pour La princesse, 1572 pour La reine.

Ca se passe dans les mêmes cercles : princes du sang (avec Henri de Guise et Henri de Valois en personnages communs).

Il est question d'une femme à la beauté magnétique : Marie de Montpensier, Marguerite de Valois.

Il est question de l'homme qu'elle aime, de l'homme qu'elle épouse, des rivalités religieuses, de la pression sociale, du jeu politique.

Si ça te suffit pas ...

 

Bon, les rapprocher, c'est pas forcément être fair play, d'autant que bon, je suis entièrement gagné à la cause du Chéreau, et que, par conséquent, je lirai le Tavernier à sa lumière, mais ... pour autant ... allons-y.

 

Affiche.jpgMarie de Mézières (Mélanie Thierry) est belle, jeune, intelligente, amoureuse d'Henri de Guise (Gaspard Ulliel) qui le lui rend bien. Mais son méchant papa calculateur la marie à Philippe de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet), aussi gauche que pas capable de se mettre en avant, qui en tombe (évidemment) amoureux d'elle. En pleine trêve-des-guerres-de-religion, Philippe invite le banni François de Chabannes (Lambert Wilson), son maître en apprentissage de la vie, chez lui. La guerre reprend, Phil' et Henri partent, François reste, tombe amoureux de Marie, puis tout le monde va à Paris pour recevoir les honneurs royaux, Marie retombe sur Henri de Valois (Raphaël Personnaz), frère du roi (dur d'Anjou, donc), qui tombe, lui aussi, amoureux d'elle ... Bref, comme le montre si bien l'affiche, la Montpensier est au coeur de tous les désirs amoureux, mais le seul qu'elle aime, Guise, est le plus louvoyant de tous, donc ça tourne un peu court pour Marie ... L'intrigue, adaptée du roman éponyme de Madame de La Fayette, est intéressante parce qu'elle aurait extrêmement bien tenu au théâtre, tant les personnages sont marqués. Les hommes sont entiers, dominés par un seul trait qui suffit à les caractériser : Guise est impulsif, Montpensier jaloux, Chabannes retenu, Anjou joueur. Elle consacre surtout un personnage féminin complexe, fin, intelligent, à des kilomètres de ce qui se fait alors. Au milieu, Marie est une femme intègre, victime de sa trop grande beauté, du désir tout puissant des hommes, que chacun lui reproche. Droite, fidèle à son coeur, elle est broyée par les machinations masculines pour s'accaparer son irrésistible physique. Chapeau (à plumes) bas.

 

Alors, ce film ?

 

Côté image, rien à redire. L'ambiance est grise, naturelle, sombre, mais pas dénué de ce chatoiement (ouais ouais) coloré qui qualifie l'habituel film en costumes. Un XVIè siècle assez proche de ce qu'on est rompus à voir (et donc à croire), et rien ne vient troubler le cours du film d'un anachronisme hilarant/navrant.

Côté son, on aura déjà plus à redire. La musique est nullissime, et quand on pense que c'est Monsieur Tavernier qui dirige, on se dit que Chéreau avait quand même plus la classe (il avait fait intervenir Bregovic sur La reine Margot, lui). Mais si ce n'était que ça ... Ce jeu d'acteur qui consiste à accentuer à fond toutes les syllabes ... et le ton sentencieux appliqués à certains dialogues pourtant très enlevés ... bon, le son, c'est pas ça.

 

Côté casting, il y a du bon et du pas bon.

Marie-de-Montpensier.jpgMélanie Thierry, avec son physique de poupée de porcelaine très digne, incarne plutôt bien cette jeune fille naïve qui se prend sa claque sentimentale, et encore une, et encore une, et t'aime ça, sal... euh, elle est, à mon goût, vraiment dans le personnage. La réal rend bien compte du magnétisme à la fois pur et vicieux de sa beauté. Blonde, bien faite, l'attitude est d'une justesse très plaisante, ce qui en fait un atout pour le film.

Philippe-de-Montpensier.jpgDe son côté, Grégoire Leprince-Ringuet hérite une nouvel fois d'un rôle intéressant, évolutif, complexe. De jeune premier mis à une place trop belle pour lui, il devient mari aimant, puis mari jaloux, et enfin, mari haineux. On se dit, au début, qu'il est vraiment mauvais, tant il a le physique des rôles masculins un peu gourds, mais pas le jeu. Et puis, plus le film avance, plus il sait donner aux saines colères du Prince sa rage, son physique court et triste, ses gestes contrits. Un autre bon point, donc.

Henri-de-Guise.jpgPour la énième fois, Gaspard Ulliel est utilisé en tant que fantasme sexuel un peu brutal (comme dans 80% de sa filmo). Et que je te fais des effets de lumières sur la fossette dès le premier plan où il apparaît, et que j'en rajoute en le déclarant (même implicitement) bombe anatomique à longueur de film ... Alors qu'objectivement, son jeu ne laisse pas à désirer. Il est plutôt convaincant, même. c'est juste cette perpétuelle bogossitude qui nous le rend aussi énervant que Mickaël Vendetta. Bref.

Francois-de-Chabannes.jpgRajoutons un peu de Lambert Wilson à tout ça. Mon problème, avec Lambert, c'est que je ne peux m'empêcher de le revoir dans Palais Royal. Ca m'avait handicapé pendant Des hommes et des Dieux (surtout dans la diction ... et le port de tête), et là, étonnamment, ça ne m'a pas plus gêné que ça. Prenant la posture du sage, de l'homme réservé qui a saisi par son expérience toutes les ficelles des tensions amoureuses de l'intrigue, il se pose en gardien des bonnes moeurs, de l'honnêteté, de la droiture ... et incarne à merveille cet homme en retrait, refoulé, serein en apparence. Il ne m'aura pas agacé dans ce rôle.

Henri-de-Valois.jpgEncore un, et un bon, c'est Raphaël Personnaz. Il donne à Anjou son physique latin sexy en diable, son attitude joueuse, son sourire coquin et son ton juste et enlevé. Il récupère aussi un personnage qui nous le rend éminemment sympathique : les bonnes phrases sortent toutes (ou presque) de sa bouche. Disons que grâce à lui, le film est moins pesant (un peu), moins fastidieux, et on peut bien lui reconnaître ce marite, à Personnaz.

 

Alors, au final ?

Au final, on n'accroche pas. On ne rentre pas dans cette histoire parce que le début du film est bien trop littéraire, trop écrit, trop caricatural, presque. Avec sa mauvaise musique et son intrigue à n'en pas finir, on ne peut pas accrocher vraiment. C'est dommage, parce que l'histoire en vaut certainement la chandelle, mais là, il y a un manque de justesse flagrant qui fait qu'au bout d'une heure, on trouve le temps long. Malgré les apparitions de la jolie Mélanie, du grave Lambert et du sémillant Raphaël. Du coup, navré pour toi, Bertrand, mais je préfère encore un million de fois La reine Margot.

 

 

 

La Princesse de Montpensier

un film de Bertrand Tavernier

2010 - 139 min.

 

avec Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel, Lambert Wilson,

Grégoire Leprince-Ringuet, Raphaël Personnaz, ...

 

Sortie le 3 novembre 2010

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Publié dans Ciné

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