Musique et fantômes

Publié le par Charlie

Côté fantômes, on ne te la fait pas. Tu connais tous les films (de The Others à Casper), toutes les comédies musicales (Le Fantôme de l'Opéra), tous les clips (comme Ghosts ou Regrets), toutes les pièces de théâtre (Hamlet en tête), tu as même été faire un stage d'apprentissage du fantôme par le concret dans le château le plus hanté d'Ecosse, j'ai nommé Glamis Castle.


Tu penses tout savoir, tout connaître ? Erreur. Il te faut absolument voir L'hôtel des Roches Noires, une pièce écrite par Françoise Cadol et mise en musique par Stéphane Corbin. Car oui, c'est du théâtre musical. Du théâtre avec des chansons. Ou une comédie musicale. Vois ça comme tu veux.

Voilà l'histoire :
A Trouville, l'Hôtel des Roches Noires a fermé il y a longtemps. Des promoteurs immobiliers le visitent souvent pour acheter le terrain et y construire autre chose. Un parking ou un supermarché à la place d'un hôtel de style en front de mer ? Impensable ... C'est ce que se disent trois fantômes. Le premier, Un Lord écrivain (à la Oscar Wilde), dont la passion pour son roman unique l'a tué. Caroline, retrouvée sur la plage en 1870, qui a perdu la mémoire. Et William, un jeune homme fou d'amour. Ils ne rêvent que d'une chose : rouvrir l'hôtel, pour écouter de nouveau les clients vivre et raconter des histoires d'amour. Débarque Jules, un "entre-deux", un homme entre la vie et la mort, plutôt perdu dans cet univers de fantômes, et sa femme, Louise, qui vit dans ses souvenirs. Puis un autre fantôme, Gloria, dite la Grande Lala, les rejoint, mais elle refuse de se croire morte. Bref, une belle brochette de cas originaux. Chacun retrace un peu de son histoire, un peu de l'histoire de l'autre, un peu de l'histoire de l'hôtel. Ca chante, ça danse, ça sourit, ça pleure, ça rit aux éclats.

Un ascenseur émotionnel. Parce que tout d'un coup, Jules semble partir vers la mort. L'assemblée réunie va tout faire pour qu'il continue de vivre pour qu'il rouvre l'hôtel. Une scène incroyable de passage dans les interstices du temps. Car Jules vit, son coeur martèle les secondes comme une horloge, là où les fantômes ne savent plus ce qu'est le temps. Ils doivent donc retrouver la mesure du temps, celle du battement, celle de la respiration pour aider Jules à rester en vie. Mais ils doivent aussi voyager dans ses souvenirs pour qu'il garde l'envie de rester en vie. Un combat pour lequel ils s'investissent tous.

C'est assez inexplicable. Simplement, le texte, la musique, l'ntrigue, fait qu'on s'accroche à cette histoire, à ses personnages, alors qu'il n'y a ni costumes, ni mise en scène (ou si peu), ni décors, ni lumières. Il faut une certaine puissance à une oeuvre pour toucher aussi bien les gens, et pourtant, cette pièce a l'air si fragile, si simple, presque sans envergure ! Son humilité, sa frivolité, sa justesse sans doute, lui donnent un aplomb remarquable.

Alors, tu vois, tu ne connais pas tout des fantômes. Et tu devrais suivre cette pièce, qui n'est montée nulle part, mais dont la lecture, itinérante, fait vibrer par anticipation ... En plus, plein de voix connues au casting. Il y a du Desperate Housewives, du Angelina Jolie, du Friends, du Blanche Neige ... Une très séduisante panoplie de comédien(ne)s, aux yeux desquels on s'accroche pendant l'heure quarante du spectacle. Et ça, c'est pas n'importe quel fantôme qui peut te le faire sentir.

Publié dans Théâtre

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