Néants

Publié le par Charlie

Tu vois, je suis allé voir 2012, hier soir. Au début, j'étais super tenté, parce que ça promettait d'être LE film où tout pète dans tous les sens, où tout se détruit, et que depuis les attentats du WTC, je suis fasciné par les scènes de destruction.
Je précise quand même que je préfère quand c'est au cinéma.

Bref, au début, ça avait l'air génial. Personne n'en avait trop parlé, les indices menaient vers du grand spectacle. Et puis j'ai laissé traîner. Au point de que j'ai pu lire, entre temps, des trucs qui descendaient bien le film comme il faut. Pas du "pfff c'était nul" : trop facile. Non, de la critique précise, pas accrochée à des références cinéphiles : juste du bon sens, de la lucidité et de l'implication. Du coup, j'étais pas plus motivé que ça. Je m'étais résigné à attendre le passage télé. Et puis ... ben j'y suis allé.
J'avais quand même quelques espérances. Un peu comme une grille d'évaluation. Ca ressemblait plus ou moins à ça :

Destruction list
- Plusieurs villes US emblématiques, dont S.F., D.C. et N.Y.C.
- Plusieurs villes UE emblématiques, dont Paris, Londres, Berlin et Rome.
- Au moins une ville de chaque autre continent.

Ways of destruction list
- la terre s'enfonce dans les eaux (je priais pour Venise)
- un tsunami balaye les côtes
- la terre s'enfonce dans le manteau terrestre (de la lave, de la lave ...)
- une faille ravage un territoire gigantesque
J'ai été en partie comblé : On a vu sauter la Maison Blanche, le Washington Monument, la basilique Saint-Pierre, le Christ Rédempteur. Je suis resté sur ma faim pour tout le reste, mais j'étais content de voir Vegas s'effondrer, Pasadena se déchirer, Yellowstone se déformer, le Tibet être envahi par les eaux ... Et même, super top, les plaques tectoniques ont bougé, la polarité s'est inversée (le pôle Sud dans le Wisconsin ? Oui, c'est possible ...). Côté modes de destruction, y'a à peu près tout eu aussi.

Mais franchement, le film ne vaut clairement pas le coup. Les scènes de destruction sont courtes, très caricaturales pour la plupart si ce n'est mal faites, le concept de course poursuite (voiture-faille, avion-nuage de feu, arche-tsunami ou avion-tempête mortelle) était largement surreprésenté (parce que bon, quand on est poursuivi par une faille, on ne fuit pas devant elle, on tourne dans la première rue disponible... C'est comme si tu cherchais à échapper à un train en courant au milieu des rails...). Même les laïus sentimentaux sur le thème "on va tous mourir, moi je reste, toi tu peux être sauvé(e)" étaient vraiment interminables.
Après, il y avait aussi tous ces symboles chrétiens (ils construisent des arches, le gamin s'appelle Noah, ...) ou anthropologiques (l'Afrique redevient le berceau de l'Humpanité, le premier couple à se constituer est black, ...) vraiment marrants. En fait c'est ça, l'idée : 2012, c'est une comédie. Pendant les scènes de destruction du monde, les gens retiennent leur souffle, et le reste du temps, ils rient aux éclats tant le film est cousu de fil blanc. Quitte à être irrespectueux : Elizabeth II caricaturée en vieille avec ses chiens, la sagesse bouddhiste résumée à la métaphore surannée de la tasse, les Russes représentés par un magnat des hydrocarbures, une blonde soumise et refaite, un casse-cou digne d'un gang moscovite ... Bref, il y a clairement de l'abus, et tu sais depuis Le Concert que si j'aime les symboles, j'aime pas les clichés.

2012 rentre donc dans le top 10 des films qui tombent à plat. Oh, la liste est belle, faut pas qu'il s'inquiète ... Faut juste qu'il ne recommence pas. On y trouve Ghost dog (Jim Jarmusch), Sexe, mensonges et vidéo (Steven Soderbergh), Confidences trop intimes (Patrice Leconte), Charlie et la Chocolaterie (Tim Burton), New York, New York (Martin Scorsese), ...

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