Notes positives

Publié le par Charlie

Je te connais suffisamment pour savoir que tu as vécu des milliers de vies, que tu as voyagé autour du monde (autour du périph' suffira, le cas échéant) et que tu as connu des milliers de gens qui t'ont tous apporté de quoi façonner ce que tu es aujourd'hui. Et ça, c'est vraiment super.
Et là, je te connais assez pour savoir que tu te demandes quelquechose. Soit c'est "Où veux-tu en venir ?", soit c'est "Pourquoi imagines-tu ça ?". Dans le premier cas, tu te dis que ça ne vaut sans doute pas le coup de rebondir là-dessus. Dans le second, tu trouves, toi, que tu n'as pas si bien réussi ton passé. En fait, c'est plus simple que ça. Parlons de relativisme, si tu le veux bien.

Par nature, tu es quelqu'un d'ouvert. Tu arrives à entamer une conversation avec n'importe qui avec une facilité qui, parfois, en désarçonne plus d'un(e). Tu en sais beaucoup sur beaucoup de gens. Tu aimes entendre les autres parler d'eux-mêmes. Par moments, même, tu t'imbibes de leurs histoires. Tu les fais tiennes. Elles deviennent plus drôles dans ta bouche quand tu les rappelles aux intéressé(e)s. Et pour toi, il n'y a que ça qui compte. Tu te réalises grâce aux autres, en fait. Non non non, ne vas pas penser que tu es sans personnalité. Tu es plutôt agréable, avec de l'humour piquant parce que ça marche. Tu fais attention à tout le monde. Tu as même un sens des priorités, en chérissant davantage celles et ceux qui te sont les plus proches. En fait, d'un certain point de vue, tu es irréprochable. C'est pas que tu cherches à l'être, non : par nature, et avec du bon sens, tu agis comme ça, c'est tout. Tu ne t'en vantes pas, puisque tu ne le fais pas exprès. C'est comme les gens qui sont beaux. Ils ne savent jamais comment réagir aux compliments simplement parce qu'ils n'y sont pour rien. Strictement pour rien.

Attention, spoiler.
Je suis allé voir The private lives of Pippa Lee. Pippa est l'unique fille de sa fratrie, adulée par une mère qu'elle place, comme tout enfant, sur un piédestal. Sauf qu'elle l'y laisse. Longtemps. Avant de réaliser. Le vernis craque, et Pippa part chez sa tante. Lesbienne. Un nouveau monde, simple, calme. Avant que le vernis ne craque encore. Le crack, l'ecta, l'aventure roots qui nous gagne tous à un moment donné. Et puis Herb. Un quadra qui brasse un monde artiste, mais qui, lui, voit le petit bout de diamant que ton coeur recèle mais que tu cherches à cacher, de peur qu'un nouveau mal ne le brise une bonne foi spour toute. Herb est doux, il la protège. Ils vieillissent ensemble. Avec des enfants. Qui partent, un jour. Et puis Herb part aussi, un jour. Pas vraiment, en fait : il est là, mais ce n'est plus le même. Il est absent au monde de Pippa. C'est comme ça que Pippa, doucement mais logiquement, cherche des échappatoires. Dont Chris.
Si tu t'es retrouvé(e) comme moi dans la description faite plus haut, tu es comme Pippa. Tu as donné sans retenue pour le bonheur des autres. Sans compter, parce que tu n'y penses même pas. Tu fais ça tout naturellement. Et puis, comme Pippa, il y a des petites choses, des broutilles, qui te font simplement comprendre que tu joues les infirmières, les assistantes sociales, les éducatrices pour tout le monde et qu'en retour, personne* ne se soucie vraiment de savoir dans quel sens tu vas, toi. Oh, ce n'est pas de leur faute : tu n'as jamais mis en avant d'ambition, de goût prononcé ou de limite. En fait, c'est pas ta façon d'être qui t'a mené(e) là, c'est ta raison d'être. Le sens de ton chemin. Et puis tu ne peux blâmer personne, puisque même toi, tout ce temps, ça t'a paru normal, d'être offert(e) aux autres de cette façon.

C'est juste qu'un jour, tu te dis, comme Pippa, "Ca y est, plus personne n'a besoin de moi aujourd'hui."

Drame ? Non. La plupart des critiques ou des synopsis ont mis sur ce changement d'attitude les mots de "midlife crisis" ou de dépression nerveuse. Bien au contraire : c'est un fleurissement. C'est un aboutissement qui t'autorise enfin à regarder un autre horizon que l'autre. C'est donc qu'au contraire, tu as mené à bien ta mission. Si tu prends le temps d'y réfléchir, tu as deux options : penser à toi, enfin OU te lancer dans la Pippa Lee attitude de masse en faisant du bénévolat. La seconde option, dans ton cas, est très clairement à oublier : tu vas continuer à donner tout ce que tu as, mais à des inconnus, c'est à dire à des gens qui ne se rendront pas vraiment compte de la valeur que cela a pour toi, juste parce qu'ils ne te connaissent pas.
Alors pense à toi. Tu es libre, maintenant. Tu n'as de compte à rendre à personne, Pippa.

Tu es libre.
* Ou ils sont rares. Et donc précieux.

Publié dans Ciné

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