Nozze con l'immagine

Publié le par Charlie

J'en avais parlé au sujet de Korngold. J'en aurais parlé à propos de Decouflé, aussi, si j'avais écrit à l'époque. Là, je vais t'en parler à travers la grande maison de l'Opéra de Paris.

Lequel ?

L'Opéra de Paris - Bastille : La bohème, de Puccini.
L'espace de Bastille, en soi, est quasi illimité. Une scène d'une profondeur incroyable, permettant tous les jeux du monde, tous les décors possibles et imaginables. Avec La ville morte, on avait été jusqu'à recréer une circulation dans la Bruges endormie, jusqu'à créer des méta-décors pour induire la notion de rêve, de cauchemar, de pensées. Avec La Bohème, rien de tout ça. Quatre actes, trois décors, ayant pour points communs la création de lignes de fuite symboliques. L'appartement, d'abord. Asymétrique, petit, avec une fenêtre et une porte. Comme si le monde se restreignait avec le temps, comme si les quatre personnages étaient en cage. Comme si l'amour qui allait y naître et y mourir devait se placer, dès le départ, sur une forme inégale, non conventionnelle. Un poêle en milieu de scène ou presque, mais qui ne réchauffe plus, pour signifier que ce qui est central est parfois inutile. Comme les malheurs de Rodolphe. La rue et le café, ensuite. On est à l'intérieur du café, la rue est en fond de scène, mais c'est en avant-scène que se jouent les péripéties de la rue. Comme l'achat du bonnet. Le spectateur est poussé à imaginer une construction de l'espace qui n'est pas celle qui est montrée. Une fois que nos personnages sont entrés dans le café, la rue se déplace en fond de scène. La parade, les jeux, la figuration, les bruits ne sont plus que suggérés, et notre attention est complètement attachée à l'intérieur du café. Là, je me rends compte que visuellement, ça ne te dit rien ... Mais je ne peux rien faire de mieux :) Le troisième décor, enfin, est celui d'un carrefour à trois voies. Deux rues qui se rejoignent en une. Un panneau d'affichage, une grande façade grise, et, à la jonction des rues pavées, un bistrot, une gargotte de verre et de bois. Mimi est souvent à la jonction, hésitant entre partir (vers le fond) ou rester avec Rodolphe (vers l'avant). Elle tourne autour de ce lampadaire, ne se fait pas à l'idée de devoir choisir, restant, du coup, dans la rue unique, avant la jonction. Finement joué.

L'Opéra de Paris - Palais Garnier : Répliques, de Nicolas Paul.
Dans ce ballet contemporain, Nicolas Paul développe les questions sur l'identité. Sur soi, sur l'autre, sur ce que l'on perçoit et ce que l'on comprend. Si, en avant-scène, à jardin, un énorme pouf chocolat traîne, l'espace, lui, n'est pas inutilisé. L'entrée dans le jeu du miroir devient claire l'orsqu'un écran gris, transparent, tombe aux 2/3 de la scène. Les mouvements semblent se diviser, comme le nombre de danseurs, tant la symétrie est parfaite, tant le corps est maîtrisé, tant les danseurs soont à l'écoute. Un écran comme un miroir, qui, très très vite, devient un méta-monde : les mouvements deviennent différent d'une part et d'autre. Le "reflet" montre désormais non plus ce que l'on fait, mais ce que l'on cache. Et cette démultiplication/division se répète avec un deuxième écran, qui sépare de nouveau le groupe des danseurs. Puis un troisième. Il y a là, sur scène, non plus des vies qui se cherchent, mais une vie qui se définit. Un être qui se révèle. C'est incroyablement percutant, tout en restant d'une poésie douce et rassurante.

Bref, l'Opéra sait encore se faire lucide et pénétrant. C'est bon à savoir. Moins qu'à voir, cela dit.

(Oui, la photo n'a rien à voir. Elle est extraite de Genus, de Wayne McGregor. Elle est jolie, c'est tout. Et je n'en ai pas trouvé de la mise en scène de Paul ...)

Publié dans Danse

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