Parce que Chopin

Publié le par Charlie

En ce moment, au bureau, quand je suis pas rivé sur des scènes de film, je bosse avec du Chopin dans les oreilles. Et je me dis, honnêtement, que c'est peut-être la meilleure chose qui existe pour un piano.

Je serais un piano, je crois que j'adorerais qu'on me joue du Chopin dessus. Qu'on appuie avec surprise sur mes graves, qu'on danse sur mes aigus, qu'on écrase mes touches blanches et qu'on caresse mes noires. Du pied, on titillerait mes pédales, étouffant puis prolongeant mes notes. Ca me ferait vibrer avec finesse, avec passion, ça me mettrait un feu doux, progressif, qui créerait des braises qui ne s'éteindraient que lentement, longtemps après qu'on ait fini de me jouer dessus. Ca me filerait tellement d'endorphines que je serais incapable de penser à autre chose qu'à ce qu'on viendrait de me faire. Et il y aurait, je crois, autant de plaisir pour le pianiste que pour moi.

Et pourtant dieu sait que, côté pianistes, il y en a qui ont eu leur chances et qui ont tout gâché.

Non, vraiment, on me dira que Chopin est reconnaissable à la première mesure, qu'il a un style limité, qu'il a des notes plus importantes que d'autres, qu'il est dépassé ... Je crois que Chopin, que j'ai découvert petit lors d'un concert sous les doigts de François-René Duchâble (un must, à l'époque), est un compositeur qui m'est entré dans l'ADN. Si si. Tu vois, je n'ai pas de CD de ses oeuvres chez moi, je ne vais pas l'écouter en récital, j'y prête peu d'attention dans les films (et pourtant !) : il est très peu autour de moi. Mais je rends compte que j'ai un recours à Chopin très systématique. Je crois qu'il était dans ma tête à chaque fois qu'un grand événement s'est produit.

C'est assez indéfinissable, ce que je te raconte. Il y a dans sa musique quelque chose qui a des répercussions organiques, chez moi. Une certaine sensualité dans ses morceaux. Ce qui ne m'empêche pas de préférer certains interprètes à d'autres. Mais Chopin, joué avec passion, c'est toujours ... exceptionnel. Le pianiste de dos, bien droit, avec ses épaules qui dansent de droite et de gauche. De profil, ses mains qui courent, ses doigts qui s'agitent, ses poignets qui montent ete qui descendent. Ses pieds qui appuient, qui relâchent. Sa respiration, à peine audible, qui s'accélère, qui se contrôle ... Et cette musique qui te remplit, qui t'enveloppe, qui te prend et te libère...

Bon, une douche froide.

Publié dans Sons

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