Réunion qui divise

Publié le par Charlie

A ma gauche, une tombe. A ma droite, une tombe. Devant moi, un personnage qui bouge et saute et tourne. Non, ce n'est pas l'enfer, c'est la vision d'une oeuvre dérivée qui pourrait bien devenir une oeuvre première.

A ma gauche, Serge Gainsbourg. Génie de la mélodie dont toute bonne musique actuelle devrait s'inspirer avant d'oser coucher les premières notes sur une partition. 1976, il nous crée L'homme à la tête de chou, un album concept racontant la rencontre d'un quadra avec une coiffeuse un peu légère, leur amour, la jalousie et le meurtre passionnel qu'elle entraîne. Un son rock, tendre, parfois variété dégénérante, sombre et lumineux à la fois. La voix est plaquée, narrative, lente.

A ma droite, Alain Bashung. Figure tutélaire du rock français des années 1980, il est le personnage idéal pour incarner une version revue et corrigée de L'homme à la tête de chou : sa dégaine sale, traînée par le Temps, sa voix grave aux accents erraillés, son allure désabusée. Il a eu le temps d'enregistrer une version longue de l'album de Gainsbourg, avant d'être consacré d'une LH et de 3 Victoires ... 15 jours avant de filer.

En face, donc, en reste de cette aventure que Jean-Claude Gallotta, créateur de situation et de mouvements venu des Alpes, primé à Bagnolet DEUX FOIS (quand même ...), en résidence au CCN de Grenoble, dont Ulysse* et Nosferatu sont entrés au répertoire de l'Opéra de Paris (quand même - bis). Une danse où les ensembles sont nets, grouillants, grandissants, et où les soli sont foisonnants, électriques, poétiques (on y revient).

Gainsbourg + Bashung + Gallotta : L'Homme à la tête de chou, ça donne quoi ?


Sur Inter, un chroniqueur dont j'ai oublié le nom a été mordant : le spectateur "s'en veut parce qu'(il) ne rentre pas dans le spectacle", "de la danse surgit rarement de l'émotion", "Tout ce que Gallotta évoque sur le papier est absent : il parle de danse impertinente, décalée, puissante, et il n'en est rien." Bref, il déconseillerait presque. Sa façon de détester la pièce et de le dire est proche de la Télérama Attitude : supérieure, technicienne, politiquement correcte. Ca manquait de sensible pour me convaincre vraiment de l'indignité de la pièce. D'autres semblent avoir été bluffés, comme le montre France 2 (qui, rappeleons-le, ne s'adresse pas au même public) ...



Moi je dis : chacun verra midi à sa porte.

C'est au Théâtre du Rond-Point
jusqu'à samedi (19 décembre)
Infos/Résa : .



* Lien vers Cher Ulysse, réinterprétation 2007 de la pièce de 1981, la musique de Strigall ayant remplacé celle de Torgue.

Publié dans Danse

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