Quel est ton film d'horreur préféré ? (Scre4m)

Publié le par Charlie SaintLaz

Scream4-Affiche.jpgWes Craven est devenu le roi de nos nuits américaines de terreur le jour où Scream (1996) est sorti en salles : l'horreur absolue, le génie créatif au service du meurtre sanglant, la maestria du suspense, de l'angoisse et de la douleur communicative. Après un méta-Scream (Scream 2, 1997) et un pseudo-Scream (Scream 3, 1999), l'homme qui avait surpassé le genre se devait de le clore en beauté sa saga : voici Scream 4, l'iconoclaste.

Gni ? Ne t'attends pas à un chef d'oeuvre du genre, mais attends-toi à du Craven quand-même. Car Scre4m n'est pas un film d'horreur, c'est une comédie. Et Scre4m n'est pas qu'une comédie, c'est aussi un film d'horreur. D'ailleurs, c'est la catchline du film : "Vous allez de nouveau avoir peur au cinéma" (là où, aux US, ils ont "New decade, New rules"). Attention, spoilers en cascade.

 

Pitch : 10 ans ont passé depuis les dernières tueries de Woodsboro. Sidney Prescott (Neve Campbell), après avoir, croit-elle, survécu à une trilogie de meurtres qui s'est close comme un chapitre final (avec des révélations et des enseignements sur la vie) revient à Woodsboro pour la promo de son livre sur le thème "réapprendre à vivre". Pas de bol, ça tombe pile à l'anniversaire de la première tuerie : le bled tout entier fête ça comme on fêterait Halloween, avec visionnage de la série des Stab !, inspirés des sanglants événements de Woodsboro, une sorte de fête locale, en somme. Et justement ... dans la nuit précédent l'arrivée de Sidney, deux jeunes sont retrouvées poignardées. Première réaction de Sidney : "C'est une blague ?". Pas la tuerie, non, mais le film pourrait bien se résumer comme ça ...

 

Entendons-nous bien, hein, Scre4m est un vrai film d'horreur. Une douzaine de meurtres, dans tous les sens, la majorité d'entre eux au couteau par Ghostface (tous deux réunis dans l'affiche), le reste au flingue, à visage découvert. Musique, nuit, maisons à étage et flics dépassés, des vedettes de la télé, Neve Campbell qui devient folle et un peu de morale bien pensante, tous les ingrédients qui ont fait le succès de la saga sont là. L'intrigue reste efficace : le film d'horreur ultime, à l'heure de l'internet tout puissant, est le film en direct (webcam, tout ça), et le scénario parvient à te balader sur l'identité potentielle du meurtrier, en te collant à coup d'images insistantes sur des jeunes gens à la mine mauvaise deux candidats potentiels à la barbarie sanguinaire. Si les meurtres sont moins spectaculaires que dans les précédents opus, il y a tout de même de quoi te contracter les boyaux. Des boyaux, justement, on en voit, et pas ceux de n'importe qui : ceux de la jolie fille en soutien-gorge, petite bombe sexuelle, le massacre ultime de la beauté par la barbarie, la culture saignée par la nature. Oui, j'y vais un peu fort, mais c'est sans doute un peu l'idée. Scre4m t'impressionnera quand même un peu ... si tu es sensible.

Toutefois, Wes Craven sait ce qui arrive aux suites. Faire un 4è volet, c'est risquer de se manger le mur, surtout dix ans après. S'il avait mis Scream en abîme dans Scream 2 et les deux premiers dans le troisième, Scream 4 ne manque pas à l'appel : Ghostface reprend certaines scènes emblématiques pour clore la saga (notamment celle où la victime est ligotée sur la terrasse). Pourtant, plutôt que de rentrer dans son propre moule, Wes Craven a préféré tourner sa propre saga en dérision, et pas n'importe comment : dans les grandes largeurs.

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"One generation's tragedy is the next one's joke."

Tiens, par exemple, le suspense est toujours porté (musique et ambiance visuelle) sur des détails, et tu sursautes plus pour un pot de fleur qui traverse la vitre que pour le surgissement soudain du méchant le couteau au poing. De même, chaque meurtre est démystifié par un détail ridicule (la mère tuée à travers ... la boîte aux lettres, le blogueur qui se prétend gay pour ne pas mourir alors qu'il est déjà transpercé, la nièce passée au défribillateur, ...)(si si !!).Tiens, comment peux-tu flipper quand, dans un parking, une nana bien à l'abri dans sa voiture choisit d'en sortir, sachant que Ghostface ne se trouve pas loin ? Ou quand le flic, poignardé en pleine tête, marche pendant encore  bien 3 minutes ? Ou Gale disant à Ghostface, elle aussi poignardée, "vas-y, si tu as les tripes !" ("Go ahead if you have the guts !") ... Lolilol. Tiens, même le tueur met en scène sa propre mort, dans le but de se disculper : se jetant dans un tableau, sur une table basse (scènes volées aux navets d'horreur)(= autocritique du genre par le maître himself), et se poignardant tout seul, il se rend ridicule. Les incohérences des films d'horreur, soulignés par les frères Wayans dans les Scary Movie, sont ici reprises, mises en lumière, à la fois pour s'en moquer tout en les gardant intégrées au film : un équilibre délicat entre auto-dérision et prise au sérieux, clairement à saluer.

Hilarant, également, est le discours tenu par les protagonistes sur ce qu'ils vivent, c'est-à-dire à la fois sur la réalité des carnages que sur le virtuel du déroulement d'un film d'horreur. Olivia, de la jeune génération, disant "Well, it's time for someone new to die !" : à double ... tranchant. (hu hu). Les flics en pleine ronde autour des principales menacées "Bon, je vais faire un tour. (blanc) J'suis pas vraiment censé dire ça, hein ?". Le tueur à Sidney : "Tu n'es qu'une victime, Sid, accepte ton statut". Comme, dans le 3, on avait eu un immense paratexte sur le déroulement d'une trilogie d'horreur, le 4 est le lieu d'un discours de Charlie et Robbie, qui tiennent le ciné-club du lycée, justifiant la catchline américaine sur les nouvelles règles qu'un 4e volet imposerait : la réinvention du film ... tout comme Craven réinvente Scream. Judicieux moment, d'ailleurs, et tournant essentiel de l'intrigue, qui n'en dit pourtant pas plus que ça sur le tueur.

 

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Tous les clichés y sont : la tuerie à la chaîne, la jolie fille aux gros seins, la tête de linotte, l'ado rejeté du groupe, le fanatique de films d'horreur, multiples références aux autres films du genre (de La colline a des yeux à Souviens-toi l'été dernier en passant par Vendredi 13)... Mais rien sans un minimum d'humour : tiens, les projections de sang de la scène la plus crado ressemblent plus à du Pollock, avec cercles et coulures, qu'à l'effet de la barbarie humaine. Y'en a tellement sur les murs qu'il aura au moins fallu 20 litres de sang pour arriver à un tel résultat (rappel : l'homme contient 5 litres de sang).

Côté bons points, notons les références à Scream en cascade, servies sur un plateau pour les mordus de la saga : la flic a un gros plan (dit "au strabisme divergent") rappelant l'affiche du film, le cinéphile ligoté à sa chaise sur la terrasse, le passage de la porte garage rappelle la mort de Tatum, ...

 

Bien entendu, dans le 4 également, Wes Craven fait la morale à son public. Dans le premier, l'amour bafoué était l'origine du mal. Dans le second, la fascination pour le gore (et la vengeance maternelle) était l'origine du mal. Dans le troisième, la jalousie familiale était l'origine du mal. Dans le 4, la recherche de la célébrité liée aux faits divers est l'origine du mal. Au final, Wes Craven clôt en beauté sa trilogie en faisant de Scre4m une énorme comédie qui démystifie chaque point ayant fait son succès dans le genre par de l'humour et des petites grosses incohérences. En somme, il dame le pion aux frères Wayans en leur montrant que personne mieux que lui ne sait réaliser de parodie de son style.  Avec Scre4m, Craven contraint le cinéma d'horreur à réinventer un type de films : il rend définitivement obsolète la formule qu'il a créée parce que décryptée, et si tu veux avoir peur à cause d'un tueur, il faudra essayer autre chose. Il clôt la saga ? Hum ... Peut-être pas, puisque les 3 personnages récurrents, Sidney (Neve Campbell, une bien piètre actrice), Dewey (David Arquette, parfait en pataud) et Gale (Courteney Cox, toujours aussi énervante) sont encore en vie ...

 


 

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