Somewhere

Publié le par Charlie

Une voiture de course noire qui tourne, tourne, tourne encore sur une piste automobile, puis s'arrête ... Ce pourrait être ça, la vie : faire mécaniquement, sûrement, avec quelques risques contrôlés, toujours la même chose et puis, un jour, s'arrêter, réfléchir. C'est exactement comme ça que Sofia Coppola débute son 4è long métrage, Somewhere.

 


 

Primé à l'automne dernier à la Biennale de Venise, Somewhere est un de ces films sur le temps suspendu. Un film contemplatif. C'est dire, y'a approximativement, mis bout à bout, 4 minutes de dialogues. Et à peu près 80 minutes de plans fixes. Et des couleurs diluées. Et Stephen Dorff à l'écran.

 

Dorff.jpgAhhh, Stephen Dorff ... Celui qu'on avait vu dans un clip de Britney Spears est membre du groupe des rebelles à belle gueule. Avec des films aussi variés que _, _ ou _, il rajoute à sa filmo un film d'auteur, un vrai, avec Somewhere. Menant une vie sans réelle saveur, entre fiestas, strip-teaseuses et virées en bagnole (un modèle qui en fera saliver plus d'un ...), son personnage, Johnny Marco, est un acteur déphasé, à des kilomètres de la simplicité complexe de l'American Way of Life, rêvé et surfait. Interviews, moulages, remises de prix : il s'adonne aux impératifs de son métier sans entrain, sans étincelle dans le regard. Un acteur éteint, rompu par une vie fade.

 

Fanning.jpgLe petit exhausteur de goût, c'est Elle Fanning. On l'a vue dans Babel, L'étrange affaire de Benjamin Button ou Astro-Boy, et son statut de gamine sans film phare lui permet de rentrer dans le personnage de Cleo, 11 ans, la fille de Johnny, sans que le spectateur ne fasse de rapprochement avec un autre film. Elle est, justement, une gamine quelconque, et c'est tout l'intérêt du personnage. Elle fait du patinage, aime prendre le soleil, aime ses parents ... normale, quoi. Sa confrontation avec son père, ce personnage de l'errance, est l'objet même du film : l'opposition entre la candeur (pas si innocente que ça, toutefois) et l'oisiveté viciée, la cohabitation de l'enfance pure et de l'âge adulte lucide, dans une relation de dépendance affective et de responsabilité éducative (parfois dans les deux sens ...). Ouais, au moins tout ça. "J'aime avoir des histoires qui viennent des personnages, et non pas d'un élément extérieur qui vient tout changer", dit Sofia. Donc Cleo n'est pas DU TOUT l'élément perturbateur de la vie de Johnny ? Ah bon, j'avais cru.

 

Le cadre de leur confrontation toute en tendresse, c'est le Chateau Marmont. Et ? Tu n'es pas sans savoir que l'hôtel est un peu une célébrité himself. On y croise, d'ailleurs, acteurs, comédiennes, photographes, mannequins, avec tous les signes de la bestiole chassée par les paparazzi : mine défaite, lunettes de soleil, semi nudité ... Le lieu est emblématique et symbolise bien la vie de Johnny. Qui inspire qui ? La chambre grise-blanche de Johnny pour sa solitude, la piscine baignée de soleil quand Cleo est là. La mise en scène est discrète, mais intelligente, et Sofia Co a vu juste. Comment une gamine, aussi maligne soit-elle, peut-elle aller jusqu'à transformer visuellement l'aspect du Chateau Marmont ? Well ...

 

Enfin, je ne pouvais pas ne pas te parler de la bande-son. Pas pour saluer sa qualité, mais pour faire semblant de m'offusquer d'un nouveau lien pseudo créatif mais vraiment "found in bed" : Phoenix signe une partie de la BO, et qui couche avec le leader du groupe français le plus à la mode aux US ? Sofia herself. Tout ça pour dire que Somewhere, entre le talent qu'on a trouvé à Sofia dès son premier long (The Virgin Suicides) + l'ombre rassurante de son papa + la branchitude de son mec, et l'ambitieux programme annoncé par la bande-annonce (avec Stephen sexy thing Dorff et Elle it girl Fanning), Somewhere, donc, devrait être émotionnant, et bien marcher dans l'Hexagone. Du moins à Paname.

 

Moi, j'irai pas jusqu'à crier au chef d'oeuvre, certainement pas. Coppola, comme à son habitude, a fait dans le contemplatif (quasi extrême, ici), le tendre, le décalage du perso principal par rapport à son habitat ... Somewhere est un film lumineux, à la narration parfois flottante ... gentil, mais sans plus. On s'ennuie pas, mais on sent qu'on pourrait. "Quelques instants grâcieux" dit Arté.

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