Tea Time à Guimet

Publié le par Charlie SaintLaz

Quincaillerie de luxe.

Dans la famille des trucs improbables que quand tu y réfléchis deux minutes ça semble quand même aberrant, cette histoire, il y a la vieille compétition entre l'Etat et la Ville de Paris sur le domaine de la collection artistique. Les musées se dédoublent, parce que l'une et l'autre estiment judicieux de le faire :  Musée National d'Art Moderne (le Centre Pompidou) et un Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (au Palais de Tokyo) ; Musée National de la Mode (au Louvre) et Musée de la mode de la Ville de Paris (Galliera) ; ou encore le Musée des Arts de l'Asie de la ville de Paris (Cernuschi) vs le musée national des Arts Asiatiques (Guimet). La réputation (et le volume) du second a largement éclipsé le premier, et pourtant... Guimet mérite parfois qu'on lui rappelle QUI le finance.

Histoire d'une boisson millénaire.

Le thé. Malgré son image qui oscille entre la boisson à mamies et le délice des hipsters le dimanche, le thé a quelque chose d'éternel qui lui donne un faux air sacré. L'expo commence d'ailleurs par deux présentations qui te rappellent d'être attentif à son raffinement : La tonne de thé, d'Ai Weiwei, énorme cube de thé compressé (de l'art contemporain, tu vois), et un (court) film sur maître Tseng, une femme étonnante, dont le talent est de percevoir les odeurs révélées par les différents thés (un nez, tu vois). Autant dire que ta curiosité est à vif, dès l'entrée. D'autant que les commentaires, qu'ils soient inscrits au mur en début de séquence ou dans le livret fourni à l'entrée, sont particulièrement bien écrits - fond comme forme ! De quoi ravir les amateurs raffinés (et eux seuls - qui d'autre viendrait à une expo sur du thé ?).

Mythe et... réalité.

La légende veut que l'empereur Shen Nung, vers 2700 av.JC, se reposait à l'ombre d'un arbrisseau - un genre de camélia - en sirotant de l'eau bouillie pour se rafraîchir (genre...). Le vent fit tomber quelques feuilles dudit arbrisseau dans l'eau chaude, qu'elles infusèrent, que Shen goûta, que Shen aima, et que le thé naquit ainsi. Comme toutes les grandes créations, il y a une part d'imprévu (comme la pénicilline), de génie de la nature (genre les corn flakes), et de drame (ces feuilles qu'on ébouillante !). Tout cela commence bien... Et si, grâce aux explications, tu en apprends de plus en plus sur l'histoire du thé, de sa naissance en Chine à sa conquête du monde, du thé bouilli au thé infusé, du passage du grès au métal, à la porcelaine, des techniques et des conceptions, du Japon, du Maroc, de l'Inde, de l'Angleterre, ben... dis-toi que c'est surtout grâce au livret.

Un service 250 pièces.

Parce que, globalement, l'histoire du thé, aliment périssable, semble ne s'expliquer qu'au travers de sa vaisselle. Guimet expose des bols, théières et boîtes à thé de toutes les époques, de tous les genres, par ordre chronologique, mais évoque à peine le monde qui l'accompagne. Peu de tableaux ou d'estampes, de textes ou de vidéos montrant la cérémonie du thé. L'histoire à bien peu d'envergure, grâce à Olivier de Bernon, commissaire de l'exposition : on ne saura rien des décrêts impériaux sur l'export du thé, les guerres du thé, les autres conceptions du thé. Non, l'histoire millénaire du thé, c'est celle de sa vaisselle en Chine. Triste constat.

 

Histoire-d-une-boisson-millenaire.jpgLe thé

Histoire d'une boisson millénaire

 

Du 3 octobre 2012

Au 7 janvier 2013

 

 

Musée Guimet

6 place d'Iéna (Paris)

M° Iéna (9)

01 56 52 53 00

Site de l'expo

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