Trois en un.

Publié le par Charlie

Tu vois, depuis que j'ai la carte UGC Illimité, je passe une partie de ma vie dans les cinémas. C'est cool.

Sauf que, parfois, ça rend la tâche difficile. Autant y'a des périodes où je vois plein de films mais y'en a qu'un qui me touche vraiment, autant y'a des périodes où je vois plein de films, et je ne sais plus lequel mettre en avant ici. Tu vois, c'est un peu un drame quotidien, ce blog.

 

Du coup, aujourd'hui, j'inaugure : je vais te parler de trois films.

 

l-homme-qui-voulait-vivre-sa-vie-l-affiche-10221453uxkco_19.jpg# L'Homme qui voulait vivre sa vie, d'Eric Lartigau.

Pour apprécier ce film, il faut surtout ne pas lire/écouter/chercher à deviner les critiques, réticences et autres "ouhla ..." que l'ensemble des médias lui font porter. De la part des gens qui passent beaucoup de temps au cinéma, c'est compréhensible, mais c'est avouer un peu facilement que le cinéma n'est plus capable de surprendre. Et si, de la même façon que Woody Allen pond un très passable Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, Eric Lartigau avait réalisé un excellent film, ici ?

L'Homme qui ..., c'est un scénario un peu barré. Celui, déjà vu et revu, de Paul Exben (Romain Duris), qui a (presque) tout réussi, et qui se rend compte que son boulot le barbe, que sa femme le trompe, que tout le monde le méprise vaguement, et, à l'aube d'un graaaaand changement (et d'une petite série de détonateurs), il décide de tout reprendre, sous une autre identité, ailleurs. Côté casting, Lartigau ne fait pas dans l'original : Deneuve en bourgeoise rangée, Foïs en blasée, Arestrup en vieux grunge un poil roots, ... et Duris en inspiré qui peut tout faire. Côté image, on est dans des constructions très proches de ce qui a marché ces derniers temps, de Shutter Island à Inception, des images grandes, des mouvements de caméra immenses (je pense, par exemple, aux scènes du bateau), mais aussi un travail de la couleur assez épatant, entre le gris de citadin, et le vert dur et vibrant des plaines, le bleu et le noir profond du ciel et de la mer ... avec, évidemment, la musique qui va bien. Les thèmes de la quête de soi, du rouleau compresseur qu'est la célébrité, la fuite, les choix, les remords, la fidélité à ses valeurs, l'envie, l'audace ... Certains le comparent à Ne le dis à personne (de Guillaume Canet), c'est sans doute de la même envergure. Donc plutôt encourageant parce que sur ce terrain, le cinéma français est entrain de damer le pion (rarement, certes) au cinéma américain.

Tu vois, ça a l'air pas mal, quand même, ce film. Et pourtant, Lartigau a pondu des bouses telles Mais qui a tué Paméla Rose ? et Un ticket pour l'espace, il fait jouer sa compagne, Marina Foïs, le scénario est tiré d'un bouquin de Douglas Kennedy ... et y'a Romain Duris dedans. Et ben malgré tout ça, moi, je te le recommande.

 

buried.jpg# Buried, de Rodrigo Cortés.

Si tu veux du film concept, tu vas être servi. Passer 90 minutes dans une caisse en bois de 2 mètres sur 1, et même pas un de hauteur, ça te dit ? Paul Conroy (Ryan Reynolds), convoyeur US en Irak, est enlevé et enfermé dans une caisse enterrée en plein désert, avec un téléphone portable, une lampe torche et un crayon. Et, naturellement, peu d'air. Pratique, comme situation. Pour le réal aussi, c'est un sacré coup. Alternant les scènes de noir absolu et de lumière tremblotante, Cortés signe un film à l'esthétique incroyable, prenant, étouffant, dur. On passe par toutes les émotions : la peur, l'angoisse, l'espoir, le bonheur, le soulagement, la colère, la panique, la pression ... A mesure qu'il sent le vent tourner et retourner, Conroy vit un enfer, une séquestration insoutenable dans un suspense dément, et l'on tremble avec lui. Lors du générique, la salle hurle, tant la fin est à couper le souffle. On n'en ressort pas indemne, et ce film, parfaitement inclassable, huis clos le plus exigu qu'il ait jamais été au cinéma, te transporte vraiment.

Je n'en ai pas lu les critiques, mais elles ne peuvent pas donner à Buried de presse plate, de commentaire mou, d'expression facile : il te soulève en profondeur, à peu près autant qu'il t'enterre vivant. Reynolds, pourtant classé dans les médiocres à cause d'un parcours ciné oscillant entre mauvais films à gros budget et comédie de situation (La Proposition), signe ici un excellent jeu, crédible dès la première minute, viril, sensible, humain.

S'il y a un film que je recommande, un incontournable pour ce mois de novembre détrempé et terreux, c'est bien Buried.

 

Potiche.jpg# Potiche, de François Ozon.

Ozon, on aime on n'aime pas. Moi, j'avoue, j'aime. De Gouttes d'eau sur pierres brûlantes à 8 femmes, je n'ai jamais rien jeté de sa filmo. Pourtant, Le Refuge m'avait laissé amer, et Ricky ne m'avait pas convaincu DU TOUT. Toutefois, devant des petites pépites telles que Le temps qui reste, je conserve une foi inébranlable à son sujet : il peut déranger, faire du grand, de l'éclatant ... et du comique.

Potiche s'inscrit justement dans ce créneau. Dans les années 1970, M. Pujol (Fabrice Luchini), patron d'une usine de parapluies, voit sa gestion contestée par les employés qui n'hésitent pas à faire grève. Entre sa secrétaire dévouée (Karin Viard), le député-maire rouge du bled (Gérard Depardieu), sa fille inapte de droite (Judith Godrèche), son fils idéaliste de gauche (Jérémie Rénier) et sa femme ... potiche (Catherine Deneuve), il se sent le seul à pouvoir mener la bataille comme il l'entend. Sauf que sa santé le contraint à s'arrêter deux mois. Les circonstances font que c'est sa femme qui va prendre les commandes de la boîte. Longtemps rabaissée par tous au rang de femme de foyer, d'objet de décoration de maison bourgeoise, elle incarne soudain le renouveau de la condition féminine, et toute une série de déblocages se fait dans son esprit et dans son attitude : libérée, épanouie, intuitive, elle prend à l'écran une place plaisante, ravie, totalement provoquée par le jeu scénaristique et la progression de l'intrigue. Côté casting, Ozon a touché juste : chaque acteur est pris dans son jeu, cueilli dans son image publique, et y évolue avec une aisance réjouissante. Sexualisé, très pop, coloré, Potiche est aussi un excellent moment de divertissement, une petite pépite de comédie de moeurs où chacun rigole en imaginant que les clichés propres aux seventies sont loin ... et finalement, pas tant que ça.

En attendant, on rigole, on se croirait dans 8 Femmes, mais avec des hommes, pleins de virilité toute assumée, un peu gauche, touchante, lumineuse.

 

Allez hop, tous en salles !

Publié dans Ciné

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