Tu ne tueras point

Publié le par Charlie

S'il est un thème auquel il est dur de s'atteler parce qu'on risque à tout moment l'erreur et l'opprobre qui s'ensuit, c'est bien la mort d'un enfant. De Usynlige (En eaux troubles), film norvégien d'Erik Poppe sur un scénario original du cinéaste, a tenté le diable ... et le résultat est magnifique.

19202250.jpgJan (Pal Sverre Valheim Hagen) a appris l'orgue en détention. Arrivé aux 2/3 de sa peine, il profite d'une petite annonce pour s'offrir une seconde chance : organiste dans une église. Le film suit alors deux destins. Celui de Jan, qui se fait appeler Tomas, et tente de se racheter une vie en se liant au pasteur, Anna (Ellen Dorrit Petersen), et à son jeune fils Jens (Fredrick Grondahl). Celui d'Agnes (Tryne Dyrholm), la mère du défunt Isak (Jon Vagenes Eriksen), tué plusieurs années auparavant par ... Jan/Tomas, qu'elle a reconnu. Jusqu'au jour où le petit Jens disparaît sous la responsabilité de Tomas ...

Le scénario est vraiment incroyable. Sans trop en révéler sur l'intrigue, ce film ne peut pas laisser indifférent parce qu'il touche des questions tellement intimes, tellement viscérales qu'il en devient oppressant. Des vies brisées par la mort d'un enfant, par la culpabilité douloureuse d'un ado qui a vieilli, par l'envie de comprendre d'une mère qui se laisse submerger par l'instinct de survie et la peur de la récidive, par le regard accusateur d'une société qui ne pardonne par l'infanticide, là où le milieu religieux prône le pardon et la seconde chance pour les repentis ... L'ensemble crée une atmosphère de suspicion à laquelle el spectateur ne peut pas être étranger : on craint que Jan retombe, on craint qu'il soit lynché, on craint qu'Agnes devienne folle, on est touchés par l'envie de s'en sortir qui anime Jan, par sa peur de lui-même, par son désir de construire. Voilà un drame splendide.

19202249.jpgNaturellement, les deux personnages principaux, Jan et Agnes, explosent à l'écran. Une sensisbilité incroyable a fait chavirer la poignée de spectateurs présents dans la salle. La justesse de leur interprétation donne au film une incroyable puissance. Le tout est servi par une photographie froide qui démultiplie les effets du scénario. Paysages d'une Norvège de coton, où les gens se maintiennent dans un écrin où la violence semble ne pas exister, et le leitmotiv de l'eau, partout présente, partout anxiogène, qui représente autant le ventre vivant d'une mère que le tombeau glacé où Isak a péri. La rivière, au courant puissant, est le joyau de ce film : on y entre pour tuer comme pour sauver, la symbolique du baptême chrétien est omniprésente, et la mémoire, vibrante. Lorsque Jan s'y retrouve avec Agnes, on a le coeur serré, les mains moites, l'esprit en alerte, comme si la Vie toute entière allait se jouer ici. Une eau trouble, évoquée jusque 19202247dans la rédemption de Jan, qui passe par l'orgue pour exprimer sa douleur, avec, par exemple, une adaptation de Bridge over troubled water, de Simon and Garfunkel... Et ce visage christique (et plutôt sexy, aux dires de Cacahuète) vient souligner le propos. Wow.
Pour l'accompagner, Poppe a fait appel à Johan Söderqvist pour les musiques additionnelles et le thème principal du film (que l'on entend à la fin de la bande annonce ci-dessous). Une musique vibrante, oscillante, claire de l'eau de roche, à coups de violons et de piano pour toucher le coeur du spectateur (grosse ficelle ? Sans doute, mais on aime ça !). Söderqvist a su donner aux images glacées un impact exceptionnel. J'te jure, à la fin, tu chiales, c'est plus fort que toi. Ou presque.



Ne loupe pas ça. C'est un indispensable.

Publié dans Ciné

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