Tu vas rire ... (L'Arnacoeur)

Publié le par Charlie

"Il y a trois types de femmes. Celles qui sont heureuses, celles qui sont malheureuses mais qui l'assument, et celles qui sont malheureuses et qui ne le voient pas. Celles-là sont mon fond de commerce."

Arnacoeur.jpgC'est ainsi que débute L'Arnacoeur, le premier film de Pascal Chaumeil. Celui qui parle, c'est Alex (Romain Duris). Son job, c'est briseur de couples. Pas briseur de coeurs, non : il est payé pour pousser les femmes à quitter leur compagnon sans les rendre malheureuses. Son moyen d'action : la séduction. Son atout : un charme fou. Ou une tchatche incroyable. Et il est secondé par une fine équipe : sa soeur Mélanie (Julie Ferrier) et son beauf Marc (François Damiens). Et ça marche à tous les coups ...

Ils s'embrassent.
Elle : Pardon ...
Lui : Mais pardon de quoi ? De m'avoir embrassé ? Mais enfin, tu m'as réveillé, (prénom) ! Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi vivant !
Pause. Elle sourit, il larmoie.
Lui : Mais pour moi c'est trop tard. Je suis loin, je suis ailleurs. Je ne peux plus tomber amoureux. Mais toi ... toi ... Tu mérites le meilleur !
Elle : Merci ...
Lui : Merci de quoi ?
Elle : Merci tout court.

Toutes les ruses sont bonnes pour toucher les femmes. Médecin humanitaire, grand chef cuisinier, laveur de carreaux ... Tout ce qui s'apparente de près ou de loin à un fantasme féminin, entre la mère et la putain, permet à Alex de toucher le coeur et l'âme des femmes. Ca ne rate jamais. il ne regarde pas aux frais : débauche de moyens, multiplication des identités, coups foireux et coups de maître ; rien ne les arrête ! Et nous, ça nous fait vraiment marrer. Le scénario de séduction joue avec les clichés avec intelligence et finesse, c'est un petit délice cynique et acide, filmé avec beaucoup de clins d'oeil.

Duris-Paradis.jpgSauf que là, l'équipe d'Alex doit se renflouer et vite. Une nouvelle affaire leur est proposée, mais il veut la refuser, simplement parce que la fille est heureuse, et que ça contrarierait son éthique. Sauf que là, il a vraiment besoin de blé. Résultat : il accepte une mission délicate : être mieux que l'actuel compagnon.
Elle, c'est Juliette (Vanessa Paradis). Lui, c'est Jonathan (Andrew Lincoln). Ils s'aiment foutrement. Ils sont heureux. Ils se marient dans dix jours. Le mariage a lieu à Monaco : elle part une semaine pour tout fignoler ... Alex a donc une semaine pour agir. Et passer du stade de simple garde du corps à celui de "mieux-que-Jonathan". Sauf qu'elle est douée, la Juliette. Pas une faille, pas un défaut. Et ... elle est magnifique, aussi. Tous les petits jeux d'Alex vont avoir pour but de les rapprocher, mais sur le terrain du mensonge et de la vérité. Lui dans le mensonge, elle dans ce qu'elle est vraiment. Je te laisse deviner la suite : va-t-elle succomber à l'arnacoeur ou se marier avec l'homme de sa vie ?

Ils parlent de Dirty Dancing comme étant leur film préféré (étrangement ...) :
Lui : Je vous voyais plutôt film d'auteur.
Elle : Je vous voyais plutôt film d'action.

Duris-Dirty-Dancing.jpgLa comédie est vraiment bien menée. Je n'avais pas entendu rire la salle de si bon coeur depuis ... 2012. Et pour de bonnes raisons, en plus. Vraiment, cette comédie est fine, mais a tout pour séduire le grand public. La qualité de l'image, de la photographie aux décors, des costumes aux choix des plans, est plutôt bien vue : elle fait sortir de la tête que l'on est face à du cinéma, elle fait rentrer dans l'histoire sans chercher à en mettre plein la vue. Pas de débauche d'effets spéciaux (ils sont là, mais discrets), pas de cascades à répétition, pas de ralentis outranciers, pas de surplus techniques, ... pas non plus de gags lourds mais de bonnes répliques et du comique de situation efficace et plutôt malin. Non, vraiment, Pascal chaumeil a su donner un vrai rythme à son film, certes aidé par un scénario du tonnerre, qui n'en loupe pas une.

Alors qu'elle dort dans sa chambre à lui, qui la regarde avec tendresse, elle se réveille :
Elle : Mais qu'est-ce que vous faites ?
Lui : Euh, rien ... Je ... J'fais une ronde.

Bref : une vraie bonne comédie française, qui ne joue pas les clés de la bêtise, mais plutôt celle des bons mots et des bonnes situations. A noter, outre le jeu délirant de la fine équipe d'Alex, la finesse de jeu de la Paradis, et l'excellente Helena Noguerra, qui pimente davantage le film grâce à son grain de folie.

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