Le Refuge, prochain film de François Ozon, risque de ne
pas vraiment te réjouir. Mort, drogue, exil, parasitisme, abandon, difficile de croire que ces éléments peuvent être le
contexte d'une grossesse épanouie et pure. Et pourtant ...
Attention,
spoiler ...

Mousse (Isabelle Carré) aime Louis (Melvil Poupaud).
Louis aime Mousse. Louis et Mousse aiment l'héroïne. Il a fallu un coup, un seul, pour que Louis soit retrouvé mort par terre, d'une overdose. Mousse, elle, n'est pas passée loin. Mieux : elle
est enceinte. De Louis, pas de la coke (tu suis, deux minutes ?). La famille de Louis ne veut pas de descendance pour Louis : Mousse est poussée à avorter. Elle préfère se barrer dans une maison
du Sud, au bord de l'Atlantique. Plusieurs mois plus tard, elle y est rejointe par Paul (Louis-Ronan Choisy), le frère pédé de Louis, pour quelques temps. Le calme dans lequel Mousse s'était
réfugiée se mue peu à peu en remous. Paul sort avec Serge (Pierre-Louis Calixte), une nuit le ramène dans le lit de Mousse ... bref, on est à peu près autant perdus qu'eux. Le film va jusqu'à
l'accouchement, par ellipses temporelles.
Globalament, le
scénario est prenant : beau et désespéré, sensible et insaisissable, ... En fait, on est tellement plongés dans les allées et venues bordéliques de ces personnages que l'on
n'est plus surpris par ce qui leur arrive. Tout devient banal, nonchalant, sans importance : seuls les sentiments sont encore vibrants, et on se laisse gagner par le mouvement. On se

laisse aller avec eux dans cette existence simple qui n'a qu'un but
réel : la grossesse. Une parenthèse dans une vie, qui se fermera à Paris lors de l'accouchement.
Le
jeu des acteurs est encouragé dans ce sens. Le regard perdu, l'esprit occupé, on sent les personnages dans une brume épaisse, presque palpable. Le résultat est assez prégnant : on
marche sans savoir où l'on va. C'en est limite désagréable : à trop les perdre, on ne les suit plus. Et on se perd aussi. Autant Carré est sublimée, tant par sa grossesse (réelle) que par ce jeu
diaphane qu'elle prend, autant Choisy occupe un rôle qui le rend transparent, presqu'énervant. Sa diction un peu pincée et son air de gentil-garçon-qui-veut-bien-faire-mais-est-un-peu-gauche va
bien cinq minutes. Mais bon, sa plastique le sauve auprès du public traditionnel d'Ozon...
Après ... Ben ça n'excuse pas tout. Le film
manque de quelquechose pour être parfaitement viable. Il claudique, si tu veux. Je ne saurais pas te dire. Le film capte bien ton attention,
mais celle-ci finit par flotter ici et là, par se détacher de l'action principale pour aller virevolter ailleurs. La pureté, l'élasticité du temps, l'histoire te gagnent bien, mais tu ne ressors
pas en te disant "Waouh, ça c'était du cinéma !". C'est donc sympa, mais sans plus, vraiment.
Le Refuge de François Ozon
avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy, Melvil Poupaud, ...
en salles le 27 janvier