Un film de malade

Publié le par Charlie SaintLaz

Quand t'es-tu lavé les mains pour la dernière fois ?

Kreutzfeld-Jacob, Parkinson, grippe saisonnière, mononucléose, gastro, H1N1, IST, UMP, mauvais goût : les épidémies ne sont pas toutes infectieuses, mais elles ont toutes des conséquences pas marrantes. Si l'on a trouvé le vaccin contre certaines, d'autres sont juste encadrées pour éviter qu'elles tuent. Toujours est-il qu'en quelques années, au vu de la récurrence de leur apparition, on a modifié nos comportements et nos mentalités : on se lave les mains, on fait attention, on se protège, on se renseigne. Faut dire qu'on en voit partout, tout le temps, un coup ça touche les vaches, un coup les oiseaux... qui nous les refilent. Moment de défiance, donc : l'environnement devient imprévisible, non maîtrisé, dangereux : la peur rôde. Le plus intéressant, dans cette histoire de pandémies, c'est la nouvelle brutalité de leur irruption, l'extension des zones infectées et ... la panique qui va avec.

NOTHING SPREADS LIKE FEAR.

19802301.jpgVoilà justement la tagline du dernier film de Steven Soderbergh, Contagion, sorti sur les écrans français le 9 novembre dernier. Le film est simple : un décès brutal, puis deux, puis dix, puis cinquante, toutes de la même façon, avec des corrélations évidentes entre les malades ; il s'agit d'une épidémie qui se propage rapidement, par le toucher, et qui tue en quelques jours. Un virus inconnu, violent, efficace. Que faire ? C'est là que le film est brillant : Contagion raconte en parallèle tous les mécanismes qui se mettent en action lorsque ce genre de situations se présente.

On a ainsi un patient décédé (Beth - Gwyneth Paltrow), un membre de sa famille (Mitch - Matt Damon), un médecin de proximité (Erin - Kate Winslet), un membre du ministère de la Santé (Cheevers - Laurence Fishburne), des chercheurs dans un labo (Ally - Jennifer Ehle et David - Demitri Martin), un membre de l'OMS (Leonora - Marion Cotillard), un blogueur influent (Allen - Jude Law), un membre du ministère de l'Intérieur (Haggerty - Bryan Cranston), et des anonymes dans tous les états (responsables, réfléchis, paniqués, malades, frustrés, en colère, amoureux, soulagés, déprimés, morts, ...) qu'il s'agisse d'individus ou des masses. Le film parle aussi de la nature humaine lorsqu'elle est en danger : suspicieuse, égoïste, avec un instinct de survie dominant toutes les formes de civilisation possibles et imaginables. Ainsi, le film montre le funérarium qui refuse les corps infectés, la théorie du complot ourdi par les groupes pharmaceutiques, le frein protocolaire, la défiance internationale, l'inégalité des nations devant la mort, l'hypocondrie, les "secrets d'état pour ne pas paniquer l'opinion", bref, tout ce qui choque le bon sens ("chrétien" serais-je tenté d'ajouter, mais ...) tout en entretenant le suspens à merveille.

DON'T TALK TO ANYONE. DON'T TOUCH ANYONE.

19797933.jpgLe suspens, pourtant, ne dure pas longtemps. Contrairement à ce que promet la bande-annonce, tout se finit (à peu près) bien, America oblige : un vaccin est trouvé, les gens sont sauvés, l'espoir redevient possible, toussa-toussa (huhu). Le fait est que le film est tout de même bien lisse. Sans vraiment s'engager, Soderbergh livre un film bien construit, audacieux, doté d'un suspense bien entretenu jusqu'à la découverte du vaccin, le film virant au simple drame vaguement shakespearien par la suite. Il ne s'engage pas, donc : s'il dénonce les rouages protocolaires et lents d'un establishment peu courageux, il est peu fait mention de l'indifférence des riches envers les pauvres, à toutes les échelles, de ces "pauvres" à qui il ne reste que la violence pour s'en sortir.

Mais Soderbergh n'a pas voulu faire un film politique. Il montre une situation sous différents angles, à différents niveaux de la hiérarchie (médicale, ici), et se permet même d'insérer ça et là quelques petits symboles pour les amateurs de sens cachés. Tiens, par exemple, la mort du couple Beth-Mitch (concrètement par la maladie d'abord, puis symboliquement avec l'histoire de tromperie) laisse la place à un nouveau couple, Jody-Andy, d'abord symboliquement (regards, textos, tentatives, puisqu'ils sont roméoéjuliettement séparés par la maladie) puis concrètement (la prom night faite maison). Si c'est pas mignonnet, ça !

Globalement, le film est sans surprises. Il suit son bonhomme de chemin, tranquillement, au milieu de l'agitation fiévreuse de l'épidémie. Il s'offre des rebondissements parfois surréalistes (l'enlèvement), des prestations peu convaincantes (Cotillard), des détails ridicules (c'est quoi c'te fausse dent dans la bouche de Jude ?), une musique efficace mais discrète signée Cliff Martinez (qui a signé celle de  Drive, récemment), quelques bonnes saillies dans les dialogues ("Blogging is not writing. It's just graffiti with punctuation !")... Bref, Contagion est un film sans grande ambition, sinon celui de flirter entre docu médical et grande histoire. Quelquechose comme un très bon épisode de NIH Alertes Médicales. Ben ... si. Mais un très bon, hein. Soderbergh sait faire oublier sa réalisation (effets de caméra, effets spéciaux, ...) pour offrir une histoire épurée dans un scénario bien ficelé. Mais c'est tout.

J'ai entendu, ici et là (et ailleurs, aussi), pas mal de critiques sur Contagion. Le film est lent, pas crédible, décevant, pas intéressant ... C'est la faute à la bande-annonce : il montre un film palpitant, avec une maladie foudroyante qui décime, une planète qui semble ravagée, couverte de cadavres et ... et en fait, non, c'est juste un film sur des gens qui tentent de faire face à une épidémie assez virulente. Donc, cher lecteur, non, ce n'est pas un thriller, c'est un drame. Non, ce n'est pas un film d'action, c'est un drame. Non, ce n'est pas un film de zombies, c'est un drame. Et c'est même un drame qu'il est bien (même si, bon ...).

Bref. Si je t'en parle, c'est que pas plus tard que ce matin, un type a toussé dans sa main avant de la coller sur la barre du métro. J'ai repensé au film. Bouerk.

 

Allez, pour se marrer un peu, une liste bien drôle sur les personnalités américaines ayant une ascendance juive. Ce qui est pratique, avec cette liste, c'est qu'elle confond judaïsme et génétique. Demain, je fais une liste sur les personnalités françaises ayant une ascendance végétarienne. Ben si, ils ont forcément les gènes plus sains que les autres ...

Publié dans Ciné

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