Blonde ou brune, comme tu veux, mais légère.

Publié le par Charlie

J'avais commencé un truc suuuuuper long à propos de la blondeur dans les films français de 2010, et puis je me suis rendu compte que l'un de mes arguments principaux était en fait ... une brune. Ce qui prouve qu'en fait j'applique sans doute mes conceptions blondes/brunes au cinéma plus qu'il ne l'impose lui-même ! Je me démonte pas, je te raconte autre chose (parce que je suis pleiiiin de ressources). Je suis allé voir deux films, cette semaine, qui mettaient en avant une fille un peu légère, et pour une fois, elles n'étaient pas toutes les deux blondes. Les temps changent ? Exemples dans ton ciné le plus proche.

 

Politiquement incorrecte : Sara Forestier dans Le nom des gens.

1434783252-le-nom-des-gens-sara-forestier-et-jacques-gambli.jpgLe film : Une histoire d'amour posée sur les piliers branlants de la fable politique française contemporaine. Imaginez un peu : une militante de gauche (pour de mauvaises raisons) décide de convertir tout ce qui s'apparente de près ou de loin (selon ses critères) à un électeur de droite facho de droite en couchant avec. Une scène mémorable lorsqu'interviewée sur un plateau télé, elle révèle sa technique infaillible... Dans le tas, elle tombe sur un jospiniste ... qui lui plaît. Comment faire ?

Le rôle : La militante de gauche, Bahia, a un père d'origine algérienne, le nom qui va avec, mais pas le délit de sale gueule, et ça la gonfle, de ne pas être, comme les siens, reconnue membre d'une minorité opprimée. Du coup, elle se fait ultra activiste de la tolérance, mais de gauche parce que la gauche, c'est la tolérance, et la droite, c'est le fric. Complètement désinhibée, elle pratique le sexe comme un combat politicien, avec des techniques oratoires orales et une attitude ouverte ... voire un peu trop. Imaginez tomber amoureux d'une nymphomane qui, en plus, a des idées politiques tranchées : par excellence, la femme que l'on ne garde pas toute une vie, parce qu'elle est intenable, et que les mecs, ils aiment bien tenir leur femme. Pour le reste, Bahia est bordélique, naïve et très très très premier degré. Si c'était ta voisine, tu dirais forcément qu'elle n'a pas la lumière à tous les étages. Et on rigole beaucoup, dans ce film, quand sa fraîcheur mêlée de spontanéité s'exprime.

L'actrice : Sara Forestier donne à Bahia ses traits de poupée déjantée. Tête en l'air, et pas qu'un peu, Bahia est souvent tous attributs dehors, toujours la jupe trop courte, le sein au bord du col, et ses scènes de nu sont légion. Côté mental, Forestier est encore loin de devoir subir des rôles de femmes, préférant encore multiplier ceux de femmes-enfants (elle était parfaite en France Gall dans Serge Gainsbourg, vie héroïque), et ça lui va plutôt bien : très spontanée, très juste, on ne peut pas croire une minute qu'elle ne soit pas faite pour le rôle.

Et ses cheveux ? La brune est fraîche, mais comme elle n'est pas blonde (même si elle a quand même de grands yeux clairs), elle a la jupe courte, et on en accepterait tout, au nom de la tolérance.

 


 

Rain Woman : Ludivine Sagnier dans Pieds nus dans les limaces.

pieds-nus-sur-les-limaces.jpgLe film : Après la mort de leur mère, Clara, secrétaire juridique responsable par nature, est contrainte de revenir s'occuper de sa jeune soeur Lily, femme-enfant déconnectée des postures mentales du monde réel. Entre les deux femmes, c'est d'abord les retrouvailles endeuillées, puis la montée des tempéraments, l'affrontement ouvert, le compromis, la conversion, et le happy end (que Louis Guichard, dans Télérama, a qualifié avec justesse de "pacotille"). En fait, c'est assez peu la fin, qui ne pouvait pas ne pas être bancale, qui intéresse, mais le déroulement : 90 minutes de fraîcheur un peu cliché, et l'on part à la conquête du monde de Lily avec nos yeux, qui sont aussi ceux de Clara, quand on y pense. Lily, son univers sans vraie méchanceté, dans l'instant, puéril, solaire, immature, dangereux par moments, infiniment grâcieux dans d'autres. Et en face, notre monde, celui de la responsabilité et de la liberté sécurisée, celui de Clara. Un poème plus qu'une histoire.

Le rôle : Lily, c'est une extra-terrestre ... ou pas tout à fait. Jolie fille restée à l'âge d'enfant, elle s'émerveille de tout, redécore tout avec innocence, marque son territoire de ses réactions à la vie (mort des parents, célibat, obligations, ...) et tente de gérer au mieux ses relations humaines, surtout avec les garçons. Le sexe est un jeu, le vie est une successions de moments, et ses répliques, les plus percutantes du film, sont d'une cruauté enfantine, justes et sans appel.On ne peut s'empêcher de penser à Lolita ou Léon, sauf que là, c'est l'inverse : ce n'est pas une fille qui joue les grandes, mais une grande qui reste une gamine.

L'actrice : Ludivine  Sagnier, l'éternelle femme-enfant du cinéma, à qui ce genre de rôles va à merveille. Ses joues rondes, son oeil enfantin, sa petite bouche rose, son côté petite fille pas sage : tout pile dans le sujet, comme si le film avait été écrit pour elle. La réal a du dire maintes fois en interviews "Ludivine ? Ca a été comme une évidence..." parce que bon, c'est criant, quoi.

Et ses cheveux ? Blonde parce qu'elle en devient magiquement innocente. Balancée (comme Diane most beautiful European alive Kruger, qui joue Clara) dans une situation qui va la secouer, on pourrait être content qu'elle soit responsabilisée (histoire de se dire qu'on est tous obligés d'y passer, pas de favoritisme) ... mais étant blonde, elle s'attire automatiquement la sympathie du public.

 

 

Tout ça pour dire quoi ? La fille innocente habitée de réflexions infantiles semble faire son come-back. Un besoin de simplicité, un retour à la naïveté, une revirginisation des esprits dans ce monde brutal où WikiLeaks vient nous révéler une "tyrannie de la transparence" ? Sans doute. En attendant, deux films français pas mauvais, une vraie comédie et une histoire simple, l'un enjoué l'autre un peu longuet, l'un facile et l'autre très poétique ... La fille légère, brune ou blonde, est de retour.

Publié dans Ciné

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